Un peu dé désordre ! que diable !!!

D’abord je vous souhaite une bonne année, et tout et tout.

Le temps passe et il faut encore et encore en profiter, un peu à contre-cœur, mais on pousse un peu plus loin, pour voir. Tant que la solitude — celle née de l’affectivité sans retour — est présente, la vie est lourde, dure et acerbe, on en arrive même à penser qu’elle est pingre, alors qu’en regardant dehors sa richesse foudroie chaque heure de chaque jour. C’est qu’il s’agit, bien sûr, de cet « humain » dont la définition est bien en deçà de ce qu’il pense de lui-même, notamment en terme de générosité. Mais on vit, le cœur bat, le sang coule dans les veines, la faim empoigne l’estomac, le sexe est en érection le matin, ou la nuit. Quoi faire ? Subir, sous le joug d’on ne sait quoi d’idiot. Le plus grave problème qu’a rencontré, malgré lui, je suppose, cet « humain », c’est qu’il pense et que sa pensée s’est séparée, fortuitement sous le coup d’une angoisse grave, de sa sexuation, du fait qu’il est doté d’un des deux sexes pour égarer cette grâce qui en est la sensation.

Et il ne s’en est pas sorti, encore. Je doute qu’il s’en sorte, d’ailleurs ! Aussi, les joies qu’il éprouve de la vie sont sans cesse séparées de la sexuation, comme si il était un ange, cette IMAGE qu’il a inventée pour correspondre à ce qu’il pense de lui, ou son inverse : le démon, et dont il affiche obstinément les « beautés » dans un monde qu’il enlaidit. Tout cela c’est de la fatuité, mais il s’en arrange dans la mesure où cela lui donne la sensation de dominer son angoisse de vivre, cette énergie vivace qu’il ne comprend pas, issue de la Vie et dont il veut tout ignorer car il la craint, cette énergie-vie, comme un sentiment de mort. Aussi il court et court et court encore. Il presse comme un damné le temps qui passe et il tue tout, il pourrit tout et s’étonne, les yeux grands ouverts derrière l’unique filtre de cette image qu’il veut en voir, que le monde lui échappe et en vient à lui « vouloir du mal ». La valeur dont il enduit tout le rassure de sa consistance qui est en raison inverse de son emprise réelle sur la vie.

Chacun de nous sommes une partie de l’organisme social et, cependant, chacun de nous s’emploie à pourrir la vie de chacun de nous. Ho ! ce n’est pas vraiment de gros désagréments, non, mais juste des « tous petits » désagréments, néanmoins extrêmement nombreux, opiniâtres et âcres. C’est un passe-temps sublime, fait du renoncement à ses désirs de meilleur en pratique pour les laisser dans les cadres bien gras, solides et vertueux du rêve du jour qui produit ses cauchemars nocturnes. Non, ce n’est pas qu’on ait conscience de cette malveillance dont on ne se sent pas responsable, directement, car on fait, chaque jour, de son mieux pour le bien commun, mais cette addition a l’étrange conséquence de l’exacte contraire de ce à quoi on s’attendrait. Cela étonne et puis on soulève les épaules et on dit « C’est comme ça… » et le résultat princeps de tout ceci est l’anesthésie de la sensation qui ne correspond plus au monde puisque le reflet pensif, réflexif, qui devrait lui correspondre ne veut pas (ou ne peut pas) y correspondre. C’est la maladie du siècle, si j’ose le dire.

Cette insensibilité se formule dans son contraire : l’hyper-sensibilté à des vétilles, broutilles et diverses pécadilles. Ça comble son âme, mais son sexe et l’usage qu’il en fait, sa sexualité, est invalide et, en conséquence, sa relation à l’Autre et d’autant plus, au monde. On continue, avec ardeur, dans le même chemin, grignotant le mur de nos dents pour dire qu’il ne nous coince pas autant qu’on craint de le dire, poussant des deux pieds cette vision de briques identiques, dénuées de calpinage, dont la froidure imprègne les membres. C’est donc une sorte d’indifférence, une contrainte à un moins pire dont le crescendo se mire dans le miroir du lac : vers le fond. On vit dans un cocon, depuis plusieurs années, qui se durcit, s’enkyste autour de l »immédiat environnement, isolant du reste du monde. Eut-on une vison plus large du monde que de toutes façons on se sentirait dépassé. C’est un phénomène duel, relatif à l’équilibre des contraires : le moins pire ici vaut le pire là-bas, au loin, selon le poids et la distance du bras de levier qui forment cet équilibre. Nous en sommes LÀ : à la gestion du MOINS-pire !

L’insensibilité, donc, qui dote l’amour des femmes et le désir des hommes d’une égale indisposition à l’Autre, règne comme résultat dont les prémices sont si horribles, si compromettants, si difficiles à admettre, qu’on n’en veut plus rien savoir, sinon qu’une table rase, parfois. Oui, un seul geste suffit pour une table rase, mais aujourd’hui, ce qui se trouve déjà à terre nous empêche de nous en approcher ; et puis, affamés comme nous sommes, nous dirions encore que le peu qu’il nous y reste à manger, ne devrait pas être gaspillé ! Cette anesthésie a pour conséquence que l’appréciation de la mesure nous échappe.

Je ne doute pas de l’humain, je sais qui il est ; c’est plutôt l’idée qu’il a de lui qui m’inquiète et qui le porte à ce désastre. Son rêve a empli toute l’existence. Il a oublié qu’il rêve et veut le monde selon DES rêves : l’anesthésie de la sensation est ce qui lui correspond et à son monde et à lui pour lui permettre d’y vivre. Il craint de le savoir, car il s’apercevrait du désastre qu’il a créé : ses enfants, l’eau, l’air, le sol, la mer les océans, la nourriture, ses amours qui sont aussi fortes qu’il lui est possible de supporter la puissance de l’angoisse, c’est-à-dire, peu, le travail obligatoire et la valeur qui en est le pendant psychique et néanmoins, réel, sonnant métallique et sur lequel on trébuche.

Je souhaite du désordre, non pas celui qui porte à la mort car nous y sommes déjà, mais à la VIE, pour passer une bonne et heureuse année !