« Et, le ciel amoureux leur caressant l’échine… »

Mettez dans une poche étanche et ensuite dans la votre, une poignée de sel.

D’un stricte point de vue théorique, pour l’instant, je vais m’avancer dans un marécage étrange. Il est étrange parce qu’il va mélanger plusieurs matières essentiellement humaines qui sont actuellement en décomposition, à savoir : la notion de valeur qui se décompose en deux : d’échange et d’usage, la notion de jeu, de masculin et de féminin et pour finir, une constatation relative à la croyance d’un temps historique en un personnage féminin et une relation avec la liberté de la femme et en celle d’un personnage masculin qui spécifie la domination de l’homme sur la femme, l’enfant : en bref, la nature qui n’est pas lui. Je vous laisse contempler le touffu de ce marécage ! Mais, je vais m’y avancer, sans craindre les sangsues, les moustiques, les crocodiles, zet autres bébêtes qui pourraient poser quelques difficultés à mon existence.

Bien que sa manifestation s’estompe, engluées d’images comme un mur sans propriétaire, la notion de classes persiste et dure dans la guerre qu’au moins l’une d’elles fait à l’autre (qui la subit, donc) : la guerre du salaire : comment payer le moins possible un pauvre bougre ou une pauvre bougresse que l’on oblige à travailler pour soi et à acheter ce que d’autres bougres et bougresses produisent pour eux, mais contre de l’argent que chacun pour soi acquière par le salaire ? Naturellement, la classe qui subit cet état de fait, sans le comprendre, je veux dire : en saisir la subtilité de sorte à s’en ébrouer définitivement — ce qui reviendrait, je le sais, à se défaire de la cuirasse caractérielle nécessaire à une telle adaptation et, je le sais aussi, ce n’ai pas du tout facile — se dépatouille, parfois à l’aide de la grève que leurs syndicats les autorisent à mener pour que leur sort leur soit le moins pénible possible. Mais, las ! cette guerre inégale, ce bougre et cette bougresse se doivent de la subir toujours, comme une lourde boue colle à la semelle des chaussures au sortir du champ après la pluie.

Je me suis laisser aller à penser — ça y est, je rentre dans le marécage ! Je sens la vase passer entre mes doigts de pieds et ces pieds l’incertitude de ce sur quoi ils se posent… — une relation étrange : la classe bourgeoise serait malade de la valeur sous sa forme d’échange et le prolétariat serait, lui, le détenteur de ce qui est de l’usage de la valeur. Lorsqu’on parle de la valeur en tant que domination des pensées, elle domine selon sa forme d’échange, et non pas d’usage ; et ce que trouve le plus opportun le prolétariat à l’argent est son usage. Vous saisissiez ? Nous retombons donc sur nos pieds puisque la valeur en tant que telle qui se divise en deux, en échange et usage, a bien besoin de ses deux facteurs réels pour trouver à ÊTRE et devenir : la bourgeoisie et le prolétariat. Bien sûr, cette constatation fait immensément peur, immédiatement ! Le prolétariat et la bourgeoisie seraient deux aspects de l’humanité indispensables l’un à l’autre et ne pourraient que exister sous cette forme pour que cette humanité trouve sa matérialité. Zut : un crocodile ! Mais je suis courageux et je persiste dans ma progression : il est évident que ce marécage ne fait pas le tour de la planète et qu’avec un peu de chance, d’obstination et de constance, je pourrais en voir le bout avant le bout de ma propre vie.

Car il s’agit tout de même d’une lutte fratricide, à la fois dans chacune des classes et entre ces deux classes. Ce serait cet aspect des choses qui m’interpellerait, s’il me restait une sorte de vision différente de cette « humanité » — qui je l’avoue se manifeste bien plutôt dans la torture ou tout simplement d’irrespect de l’Autre — à laquelle je n’ai jamais cessé de poser la question de savoir, si oui ou non, je me trompe, en choisissant le oui, comme un bœuf tire le joug sous l’incitation de son maître et tire par la même occasion ses cornes auxquelles est relié le timon et la charrette au timon : je n’en sais strictement rien ! Je tire. Cette lutte brutale entreprise pour s’accaparer un maximum de valeur d’échange que détient l’un et que crée l’autre, m’a toujours laissé songeur. Et cela peut aller à des atrocités impitoyables de calculs tordus et pervers, violentes d’ignorance empathique plus ou moins volontaire. (Notons le mot « empathie » : il ne s’agit pas, pour mettre un mot sur ce phénomène lié au mammifère se manifestant par le ressenti de l’Autre, d’employer une relation usant de l’idée de plaisir, mais plutôt de celle de souffrance, c’est dire l’état de perception de ce phénomène pourtant lié à notre espèce).

J’ose prendre pour prémisse, en me bouchant le nez, car les gaz qui s’échappent de cette vase sont méphitiques, que le but de la valeur d’échange (une des deux partie de la division de la valeur proprement dit, de la valeur en tant que telle) est l’accumulation d’une contre-partie de la valeur qui donne au surplus la capacité au moins d’un autre échange possible ; tandis que celui de la valeur d’usage est au contraire de se défaire, que ce soit après l’acquisition ou au cours de l’acquisition, d’un objet, fut-il de cette capacité d’échanges ultérieurs possibles, mais à perte. Je comprends que les gaz qui s’échappent de cette idée soient paralysants : mais il faut avancer, sinon, à choir en l’instant vous met en pâture létale. Posons un deuxième pas ferme en avant. Si le brouillard qui surnage sur ce marécage me laisse bien distinguer la dichotomie des deux formes de la valeur comme opposées du fait que chacune de ses deux parties stationnent quasi-définitivement chez chacun des protagonistes qui sont dans ce cas, absolument complémentaires, avec une pensée correspondante auto-suffisante, ou même autarcique pour chacun des partis, il laissera aussi transparaître les feuillages camaïeux du sexisme. En ceci que ce qui s’échange est plutôt le féminin et ce qui achète l’usage du sexe féminin, est plutôt le masculin et le met dans une position, sociale, affective, physique, telle qu’il puisse opérer cette transaction sans trop de pertes, sinon que son sperme dont il est destiné, de toute façon, à se défaire ! Mais… ne sont-ce pas là des conditions dites « patriarcales » ?

Aïe-aïe-aïe, ces moustiques ! Paf ! paf ! paf ! C’est toujours au moment où il va pour s’endormir que les moustiques réveillent le somnolant. Il y a eu au moins deux périodes de l’histoire écrite où régnait une égalité sociale réelle entre l’homme et la femme : ce qui laisse irrévocablement, une légère supériorité à cette dernière sur le premier pour pouvoir discuter physiquement d’égale à égal. Lors de ces périodes, en parallèle à une monnaie étatique plutôt destinée aux échanges entre États, il y a une autre monnaie, populaire, dont la caractéristique principale est que sa valeur d’échange diminue à mesure que le temps passe (il en faudra plus demain qu’hier pour payer la même chose). J’ose nommer cette monnaie « féminine », car par contraste, on remarque immédiatement que la monnaie de la domination « masculine » est, elle, au contraire, accumulative, quitte à inventer un système pour que cette accumulation se réalise alors même qu’elle ne sert à aucun échange, qu’elle reste sans échange proprement dit : l’intérêt.

On voit immédiatement que rares sont ces moments de complicité où l’échange se passe sans transaction dans laquelle la sexuation retrouve une complémentarité comme pouvoir de satisfaction paire et non pas duelle. Ces moments de complicités, je leur donne le mot de « duoté » ou peut-être de participation qui est le stade juste immédiatement suivant dans ces opérations de complémentarités entre les êtres et leur sexuation, le simple fait d’être doté d’un des deux sexes. Un exemple de participation ou de duoté est l’enfant qui tête le sein de sa nourricière et la satisfaction que cette dernière en retire : c’est un partage pair dont les modalités ne sont pas du tout équivalentes, mais essentiellement complémentaires. De même, dans l’ordre du possible, nous avons l’accouplement humain où les dominés sont les dominants, non pas chacun leur tour, mais ensemble.

Dans la progression de cette progression vers l’improgrès (on aurait une régression, n’est-ce pas ?) dans les relations entre êtres pensants, affectifs et sociaux, il y aura donc, après la participation ou « duoté », le « don » qui serait alors un cadeau de sollicitation au « partage » au sens que je lui donne dans le mot « participation » ; « l’échange » qui une réciprocité de dons plus ou moins différés et indirects, et la « marchandise » qui contient un « don » extraordinaire : la valeur — qui se divise alors en deux : l’échange et l’usage — qui est et contient précisément le caractère différé et indirect de l’échange pour soi. La valeur n’est crée que pour l’échange, pas pour l’usage, qu’on le comprenne bien. Il y a toujours usage, mais pas obligatoirement échange et on échange une chose, pas un usage ; on partage un savoir que le pingre peut vendre en passant par la valeur.

Vous voyez qu’on l’a traversé ce marécage !

Regardons maintenant en arrière : les sangsues n’aiment pas le sel, c’est le moment de sortir celui de la poche étanche et de s’en servir. Il me semble que j’ai oublié de mentionner quelque chose de pourtant important, mais que je ne pouvais qu’utiliser pour la montrer ; il s’agit du « jeu ». L’animal humain aime le jeu, même à l’âge adulte, comme les perroquets. Dans tous les cas, il faut être au moins deux. Le jeu a deux fonctions : donner de l’excitation (on se sent vivre) et maîtriser ou moduler l’angoisse suscitée par l’excitation ou encore l’angoisse de la vie courante. Le jeu permet de faire, par l’accaparement de la conscience, de qui ne serait pas accompli « à jeun ». Et même si on peut en jouer, ffigurez-vous que l’argent est le jeu pré-établi qui se passe des règles du partage. Comme nous sommes sur la terre ferme, je vous laisse à ces douces paroles….

Prochainement, je parlerai peut-être de la relation être l’angoisse de perdre, caractéristique de l’intérêt, et cette perte relative au passage du temps dont je parlais tout à l’heure en relation avec la quiétude sociale de la femme et le bien-être de l’enfant… si cela se passe, bien entendu !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s