L’ébauche hasardée

Finalement, il y a de fortes chances que je me trompe et vous trompe tout autant. L’être humain n’a rien à voir avec ce que j’en pense et ce que j’en pense est ridicule quant à lui/elle. Idiot et idéaliste que je suis. Ce n’est pas parce qu’on rencontre de temps à autre, temps dont les intervalles correspondent à peu près à la distance nécessaire pour parcourir la distance d’ici à Jupiter, à vitesse moyenne, une ou deux personnes dans sa vie, qu’il faut de suite en déduire que le reste du monde est une pourriture, à peu de chose près. Ou plus, si, c’est une pourriture, à ces deux exceptions près. Ne me dites as le contraire : où allez-voust trouvez, aujourd’hui,  — je dis bien aujourd’hui — un endroit de cette planète qui consomme grossièrement en trois mois l’équivalent de ce que la nature, sa nature à cette planète — imaginez que cet être humain est capable de procéder à un tel calcul sans qu’il puisse remédier à ce problème qu’il pose et se pose comme existentiel, contentant une solution et qu’il continue comme si de rien n’est — demande de réaliser en une année pour tout ce qui y vit, où allez-vous trouvez, dis-je, un seul endroit FRAIS, non pollué par un quelconque — sinon que pour répondre à une production industrielle établie en vue de l’appât du gain qui sordide tout le reste — bruit ou produit chimique issu de ce seul esprit d’observation rendu dément par ce même appât du gain ? Hein ? Dites-le moi ? Indiquez-le moi ! En conséquence, je suis stupide de me considérer comme un représentant, ainsi que les deux ou trois personnes dont je parlais tout à l’heure, du genre animal auquel j’appartiens entre 7 milliards d’individus : quand je suis né, il y a soixante années, nous étions deux fois moindre : en soixante ans ! Je suis stupide, borné, aveugle et idiot. Tant pis pour moi et je dois être plutôt de ce genre de variation de cette nature qui procède souvent à des essais pour voir qu’il lui est possible de s’orienter vers ici ou vers là-bas, pour voir. M’enfin… je ne serais bien dispensé d’être cette expérience in vivo, car elle est assez pénible à vivre ! Imaginez que je dusse supporter toutes ces avanies, que vous dussiez supporter à ma place toutes ces turpitudes liées au salariat, par exemple, avec ses flics qui tabassent pour la même feuille de paye d’autres qui ne sont pas content de la leur ; ces juges qui sélectionnent soigneusement ce qui doit ou non aller en prison sous prétexte que ce ne sont pas eux qui font les lois, mais d’autres qui n’y iront jamais parce qu’ils sont pas si bêtes de faire des lois qui les y mettraient ; et ces derniers de bien cadrer les récompenses, ou la répartition des richesses globalement produites — qui ne correspondent généralement qu’à très peu au stricte besoin de vivre pour jouer de cette vie : ce serait si dégradant de jouer comme des bonobos,, non ? — à ceci près que certains doivent êtres égaux entre eux pour ne pas se sentir égaux à de plus pauvres et d’organiser l’ensemble de la vie sociale suivant cette distinction finalement assez subtile dans les mots, mais assez pesante dans la réalité, surtout pour les pauvres qui ne le sont, non pas seulement du point de vue de cette richesse globale, mais surtout de la mainmise qu’ils n’ont pas — comme je me suis imaginé que cela devrait pouvoir se faire à contrario — sur leur propre vie de sorte à pouvoir en faire ce qu’ils en veulent : non, ils doivent aller au travail pour avoir l’argent qui va leur permettre de payer le loyer de leur abri, la piètre nourriture qui va les sustenter et les distractions du même genre dont ils vont détendre leur esprit et leur corps. Quant à l’amour, vu que cette richesse est précisément la correspondance de ce que l’ensemble de la société s’accapare en la transmutant en cet argent dont la répartition est si égalitaire, suivant ce qu’on est capable, inversement, et que ce qu’il leur reste est bien chiche, la division d’une telle quantité le réduit à une tension bien maigre et donc une satisfaction bien maigrichonne : certain même y renonce et préfère devenir obèse, pour moyen comme un autre de résignation. Et si vous n’êtes pas content, vous crevez. Vous voyez ! je n’invente rien, ecce homo, pire que la vision de Nietzsche. Ne me dites pas le contraire ! Ou alors vous ne regardez pas la télévision, vous n’écoutez pas la radio, vous n’avez pas l’Internet, vous ne lisez pas les journaux, vous ne conduisez pas de voiture ou de motocyclette, vos enfants ne vont pas à l’école, n’ont pas accès à une crèche, vous n’avez pas de travail, votre femme n’a pas de douleur liée au cycle œstral, votre homme n’a pas de problème lié à sa spécificité sexuelle, votre fille ne s’habille pas sexy, votre garçon ne visionne pas de porno, vos enfants ne sont quasiment pas majeurs intellectuellement, affectivement et socialement peu après la survenue de leur puberté qui ne les perturbe en rien — ils sont sages, en somme, obéissant et compréhensifs, disciplinés, doués et respectueux de l’expérience qui pèse avec votre âge, ont le goût de l’aventure sans avoir celui du suicide, possède et sont possédés par le sens de la musique ou de la poésie en général qu’ils pratiquent, eux, celui du moi-nous comme aussi prenant que le moi-je, le sens de la gratification du partage et de l’œuvre commune pour le commun — malgré cette forte charge hormonale que d’aucun veut y apposer le mot amour — c’est si sale l’amour, pour cet aucun —, votre maison n’est pas en parpaing et en plastique, vos meubles ne sentent pas les arômes chimiques d’une autre pays et n’empestent pas votre cuisine, votre sang n’est pas empoisonné sur quatre génération avec son bisphénol A, et vos aliments ne sont pas irradiés sinon aux rayons gamma pour des raisons de conservations, au moins aux matières radio-actives qui n’ont pas envahi cette pauvre planète dans le moindre de ses interstices que vous ne retrouvez pas dans le tabac que vous fumez avec tant de tendresse, ni dans cette boisson qu’on nomme encore du vin, pour autant qu’elle ne soit pas déjà diluée de résidus phyto-sanitaires, du fait que vous ne savez ni ce que vous pouvez attendre de la vie, ni en faire autre chose que ce qu’on vous indique de faire ou oblige à faire ou pensez devoir faire, ni avez entrevu, à moins d’un lointain rêve, quelque bribe d’un bonheur sur lequel vous n’osez même plus poser le nom, ni le votre ; d’ailleurs ce que vous vivez est le bonheur, vous en êtes persuadé ! Et vous avez raison, parfaitement raison, je suis obligé de vous le concéder : mon idéalisme une corruption de la vraie vie, j’en ai maintenant parfaitement conscience. Et si je suis triste, je n’ai qu’à m’en prendre qu’à moi seul ! Arrivé à mon âge, je ne sais pas si je parviendrai à rectifier le tir de la précision de ma pensée, tant les mauvaises habitudes de l’azimut de mon canon intellectuel qui voit ses embases rouillées par un positionnement toujours identique, tenace et persévérant, sur lesquelles la rosée matinale avait pourtant tant rafraichit la chaleur de l’entrain et en a corrompu par son immobilisation le fer en son dérivé oxhydrique, devenu vieux et toussif, atteint de la scrofule de l’obstination erronée et boursoufflée, puit donner encore quelque satisfaction intellectuelle à tant de fané pour lequel on en a plus rien à faire tant il est indifférent. Si, il reste la cuisson, après le trempage, de ce qui est devenu sec, mais je le laisse à d’autres : les mauvaises habitudes rendent aussi la digestion fragile, délicate et facilement perturbable : j’en resterai aux salades composées, si vous le voulez bien…

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