Un sensé

La vie c’est les sens. La perception de la vie se fait par les sens. De fait, je suis un jouisseur, car c’est ce mot qui tente de caractériser les personnes qui aiment leurs sens et ce qu’ils perçoivent.

Se borner à ses sens est aussi un cadre donné à cette vie duquel elle ne peut pas ne plus se percevoir : le rêve y est pour ce qu’il est, une tentative le plus souvent positive, de résolution des contradictions des sens confrontés à leur désir et à la réalité. Car le sens aime sentir. Oui, il est anodin, il ne se fait pas toujours percevoir, mais il est là, présent, puisque c’est son présent qui fait proprement votre vie.

Au contraire, mes contemporains affectionnent de s’ôter de la perception de la vie pour affirmer qu’il vivent hors de la perception et conçoivent l’image comme le supérieur de la sensation, du fait qu’elle excite l’image du sens. Non, l’image du sens n’est pas le mot, l’image du sens est l’espace entre cette image et le rien, le non-sens : elle n’est que sa propre perception, en tant qu’image et la perception d’une image ne fait pas appel à un sens, sinon que celui de l’imaginaire.

Le sens de l’imaginaire en est-il un, de sens ? Oui, il est une perception du monde, lorsqu’il reste branché, en tant que sens, à ce monde, sinon, il reste de l’image, un reflet sans goût, sans saveur, sans texture, sans chaleur ni froidure. L’humain ne comprend pas qu’une telle perception de soi — qui se résume à n’être que par image — est une perte de soi, qu’il est parfois difficile à l’extrême, de retrouver à travers des sens que l’on a anesthésiés par le rêve.

Être jouisseur n’est vraiment pas compliqué : un pétillement de regard, une complicité sexuée, une odeur de frai, le chant de l’hirondelle, pourtant disparaissent sous l’odeur du gasoil, du bruit des machines, des sirènes de pompier samu, le coup de trique ou l’emmaillotement des enfants dans les poussettes modernes appuyés par la peur induite par des images, de la mort dont on a oublié qu’elle est la mort des sens, du sensible et du sensitif, non pas poussés à la résignation de ne devoir plus pouvoir être, mais à l’absence… pour l’Autre qui en imagine, en lui, cette perte.

Et on perd son temps à pleurer de manque de plaisir qui passe à la mesure de ce temps perdu.

Je sais que cet imaginaire est une défense contre l’angoisse, car cet imaginaire ne sait plus que cette angoisse est la scission entre lui et ses sens. Jusqu’à dire que je suis bestial, que je manque de spiritualité, etc. Oui, le bruit de cette société est sa spiritualité, ses déchets qui couvrent la superficie des plusieurs pays en eau de mer, ses prisons, tout cela, elle l’a compris dans son prix à payer à l’anesthésie de la relation de soi au monde.

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