Malades de la maladie

Je vais tenter de décrire ce qu’est une maladie, sa fonction et son fonctionnement. Cela va passer par plusieurs étapes et les éléments vont provenir de divers endroits de l’horizon de ma connaissance. Je vais m’accrocher…

Il faut d’abord concevoir un organisme comme un ensemble d’éléments (muscles, os, viscères, liquides, etc.) qui ont, chacun d’eux et spécifiquement, une relation au monde. Cela paraît normal dès lors qu’on saisit que le foie digère le sucre, que l’os structure la chair, que la chair donne le mouvement au corps, les nerfs coordonnant l’ensemble selon les possibilités ou aptitudes, le sang et la lymphe servant de transport de nourriture et d’information hormonale (il y a deux sources d’informations : nerveuse – dont les sens internes et ceux orientés vers l’environnement – et hormonale), et le reste à l’avenant. Mais, j’insiste, il faut vraiment comprendre que chacun des composants d’un organisme a une relation directe et immédiate à l’environnement. Le cœur se met à battre fort devant une menace, les surrénales synthétisent de l’adrénaline, le cerveau ordonne de la mélatonine lorsqu’on a évité le danger, etc.

Chaque élément d’un organisme a une relation unique et immédiate avec l’environnement. Il y a une relation immédiate entre une agression de l’environnement et un organe ou une partie d’organe, la cause de la maladie : l’air est pourri, les poumons trinquent ; il contient de la radioactivité, la peau est agressée ; le foie craint d’avoir à synthétiser trop de sucre, il multiplie ses cellules : cirrhose ; le pancréas a dû, d’abord, produire plus qu’il n’en pouvait d’insuline, quand la cause disparaît, la raison reste, le diabète apparaît ; etc. Il y a non seulement une cause à la maladie, mais aussi une raison, je veux dire, la peur de la réitération d’un stress énorme et en prévision duquel il se prémunit par une disposition pré-antalgique (merci Françoise Mézière), car cette peur n’a pas été comprise. On guérit par la psychanalyse et autre procédé de représentation (quand cela arrive), car on comprend organiquement sa peur et l’origine de sa peur, la raison de la maladie. Ainsi, nous sommes des êtres communicants comme les autres animaux, mais un peu plus.

Toute maladie commence par une inflammation. Cette inflammation peut être due à plusieurs rencontres malheureuses : un poison, un heurt proprement physique, une atteinte psychique. Elle atteindra alors l’organe en relation avec l’environnement provocateur. Il ne faut pas écarter que l’environnement humain est essentiellement grégaire, social. Mais il y a toujours une inflammation : la maladie commence par là. Cette inflammation est le cœur de la maladie : tant qu’elle bat, il y a de l’espoir.

Une inflammation consiste en une réaction d’un organe à une atteinte à son intégrité qui est, en gros, son train-train quotidien (son fonctionnement normal, pourrais-je dire) comme deuxième temps de l’agression, car au cours du premier temps de l’agression, l’organe a poursuivi son cours de vie : cela peut suffire à ce qu’il passe directement à la case « guérison » sans passer par la case « inflammation ».

Au cours de ce deuxième temps, il y a alors une dilatation des vaisseaux sanguins et lymphatiques autour et dans la partie atteinte, un excès de circulation, dont le but est d’isoler la partie atteinte du reste du corps pour la mieux guérir, l’irriguer pour transporter les déchets, la nourrir pour la réparer. Cette inflammation produit une quantité incroyable de sucres, c’est-à-dire de sous-produits de la dégradation de la lésion et par elle-même de la sur-dilatation des vaisseaux sanguins. Il y a une bataille pour réduire la lésion de sorte que tout revienne dans le train-train du quotidien. Dans certains cas, il y a une coagulation, dans d’autre un échauffement, etc.

Cette inflammation provoque une pression cellulaire autour de la lésion. De fait, certaines cellules se trouvent comme étouffées par cette pression, car cette pression reçoit en retour une contre-pression de l’environnement de la lésion. Il se forme alors une interface (une « peau ») entre la pression de l’inflammation et la contre-pression du reste de l’organisme. Lorsque je dis que cette double pression étouffe la cellule, c’est qu’elle empêche la respiration des mitochondries qui doivent selon leur fonction continuer à transformer le sucre en pyruvate, sinon, ce sucre se transforme de lui-même en acide lactique. La machinerie des mitochondries cesse alors de fonctionner et, dans le cas du cancer, la cellule trouve alors prétexte à se diviser. Mais ce n’est là qu’un détail, dramatique, certes, mais particulier.Du fait de la compression ici et de la dilatation là, la cellule demande un renforcement de sa structure externe, ce renfort se fait par le collagène ; et celui-ci absorbe, en quelque sorte, le sucre. Lorsque l’inflammation a diminué (qu’elle est en passe de se guérir), il reste alors le collagène de renfort qui devient excédentaire… et l’inflammation reprend. C’est comme une cicatrice… qui doit être dissoute.

Le plus important et le plus grave est que le collagène, ces fibres partout présentes dans l’organisme pour des raisons très diverses, mais essentiellement de soutiens, se charge lui aussi de sucres : alors le sucre s’immisce dans les interstices des fibres de collagène et les rigidifie. La souplesse de jonction, qu’elles soient entre les cellules ou entre les organes (bien sûr en correspondance avec l’atteinte de l’environnement) disparaît peu à peu et devient cassante (la glycation du collagène). Une nouvelle inflammation apparaît et le cycle recommence. Inflammation sur inflammation. L’endroit devient de moins en moins respirant et cette asphyxie, ce manque de circulation de l’oxygène mène à la dégradation croissante de l’organe atteint par l’environnement. Et dans sa crainte d’une réitération de la douleur alors que les causes ont disparu, la raison est toujours présente.

La peau interstitielle faite de collagène, créée par les pressions contradictoires entourant l’inflammation, se sclérose par immixtion du sucre entre ses fibres ; elle emprisonne l’organe ou la partie de l’organe en question et empêche la circulation de l’oxygène… et il arrive que l’organe ou la partie de l’organe meurt. Mais cette mort doit elle aussi disparaître, car le reste de l’organisme, lui, vit et il doit se débarrasser de ce poids. S’il a assez de vitalité (je souligne cette notion de « vitalité »), il profitera de cette peau interstitielle déjà en état de sclérose pour enkyster la mort, sinon la mort ira se répandre dans le reste de l’organisme qui va s’enflammer jusqu’à perdre toute vigueur défensive.

Je vais prendre l’exemple d’un cas particulier : la maladie de Wolf-Parkinson-White. C’est une maladie du cœur caractérisée par un court-circuit entre le nœud sinusal et le faisceau de His, qui provoque des tachycardies ou autres chaos cardiaques. La médecine affirme qu’il s’agit d’une malformation congénitale (on nait avec) et qu’elle se déclare à l’âge qu’elle veut. Elle ne fait aucune relation avec le vécu, c’est-à-dire avec les atteintes de l’environnement. Mais que se passe-t-il dans cette maladie ? En fait, effectivement on naît, mais tous, avec des barbilles de connections entre ces deux nodules, mais, à la suite de la répétition d’événements identiques et stressants, ou d’un élément extrêmement stressant, il y a une inflammation d’un ou de plusieurs de ces barbilles qui se situent dans le ventricule (examiner un cœur de bœuf acheté au marché local). Cette inflammation, en elle-même, facilite dans les petites heures qui suivent, une conduction extra-systolaire et provoque alors le chaos cardiaque. Si l’inflammation ne disparaît pas, en cet endroit, il n’y aura pas de pression de l’environnement physique interne du cœur, car cette barbille est une simple jonction intracardiaque. Mais, la contraction de cette fibrille face à l’agression va provoquer la non respiration des mitochondries, et le collagène qu’elle contient va se voir envahit par le sucre… Il y a sclérose de cette barbille cardiaque, et la conduction devient de plus en plus fréquente… et dénonce cette maladie W-P-W. Lorsqu’ils proposent de sectionner cette barbille, ils peuvent effectivement espérer que cesse le chaos cardiaque, car il sectionne la barbille composée du collagène sclérosé par le sucre. Mais ils n’ont pas permis de faire comprendre à l’organe sa peur, celle qu’il a reçue, cette peur qu’il a vécue dans l’ombre de la mort, et qui lui donne la raison de son inflammation. Il peut donc y avoir récidive, sans problème. Idem pour n’importe quel autre organe, foi, pancréas, vessie, prostate, vésicule biliaire, rein, etc.

Alors quoi ? Pour tenter de (se) guérir, il faut trois opérations : désenflammer, ressusciter le travail de la mitochondrie et enlever le sucre du collagène.

Dans une telle disposition d’esprit, quelle est l’action des médicaments de la pharmacopée des hôpitaux. L’action des « microbes » et autres auxiliaires de la vie, est de nettoyer toutes ces particules issues de l’inflammation : ils sont des éboueurs. Les détruire reviendrait donc à empêcher ce nettoyage. Il faut absolument comprendre cette fonction de nettoyage des microbes zet autres virus. Or, puisqu’il y a guérison, s’agit-il vraiment de la destruction de ces microbes ? Selon ce que j’avance, ce qui se passe effectivement, c’est une désinflammation de l’organe (quand ça marche), ce qui signifie une moindre production de ces éboueurs qui deviennent alors inutiles. Ces médicaments ne « tueraient » pas les microbes, mais désenflammeraient les lésions de l’organe. Je me demande qui sera d’accord avec ça…

En conséquence, comment guérir une maladie ?

• D’abord, désenflammer l’organe. Tous les moyens sont bons : poche de glace (avec interface de tissus éponge, bien sûr), boues d’argile, douches, granions et autres colloïdalités, etc. et les plantes (voir ci-après), en évitant, bien sûr, d’affaiblir le sujet. Refroidir l’extra-chaud.

• Ensuite, trouver la crainte (la peur « viscérale ») en relation avec l’organe ou la partie de l’organe de la réapparition de l’agression provenant de l’environnement. Il faut penser que l’humain a un très puissant environnement intérieur et que comme être grégaire, il vit en société et crée lui-même et collectivement son environnement. Par l’aide qu’on lui aura apporter dans la découverte de cette peur, il comprendra viscéralement sa maladie : sa réaction viscérale à une agression provenant de son environnement. On pourrait dire qu’il s’agit d’une sorte de « Plus jamais ça ! » oublié mais encore tendu comme un ressort débusqué par un actuel qui le détend avec une telle violence qu’elle en est destructrice ; le choc de cette violence faisant à son tour oublier, par horreur ou démission ou impuissance, etc., la nature, le moment et le lieu de la gâchette.

• Ensuite, utiliser les plantes qui, elles aussi, sont une relation spécifique avec leur environnement : même sans réflexion, elles causent avec l’environnement beaucoup plus consciemment que nous le faisons ; et particulièrement sous la forme d’huile essentielles : ce sont des désinflammatrices puissantes et nées de nos mains (cela dit je ne suis pas contre la médicamentation moderne, sinon qu’elle ne maîtrise pas les effets secondaires qu’elle provoque, de sorte que je me demande si elle sait comment elle fonctionne…). Il est à noter que si si peu d’études sont faites sur ces plantes, c’est parce qu’elle ne procurent pas de profit à ces chasseurs de molécules-cules-cules. Ils peuvent ainsi affirmer qu’ils ne connaissent pas les « doses » de leur emploi… pour ne pas les utiliser. Il y en a au plus une cinquantaine à étudier, dont des anti-inflammatrices très précises comme le combawa, le laurier sauce (dont les décoctions donnaient à la Pythie son inspiration), et autre khéla, mais c’est trop pour eux !

• Il faut, parallèlement, réintroduire de l’oxygène de sorte qu’un excès soit disponible à la lésion, par le mouvement et la respiration forte (on s’arrête au début de l’essoufflement ou du commencement de la suée, pas plus) et du repos, du confort et, surtout, de la tranquillité.

• Et pour finir, on coupe la source du raidissement du collagène, de sorte qu’il retrouve une souplesse, en supprimant le sucre. En excès, le sucre devient très très vite un poison et on peut vivre sans lui (régime dit « cétogène »), comme nos ancêtres à vêtements de peaux et dans les conditions présentes de confort bien meilleures.

À propos des éboueurs (les ceux-ce qui enlèvent la boue), il faut penser qu’ils prennent leur métier à cœur et si vous n’avez pas une hygiène de vie minimum (c’est la qualité de l’eau qui a été le véritable vaccin des grandes épidémies) et un minimum de vitalité pour empêcher une dégradation trop importante des tissus et aussi pour les garder en discipline, ces micro-organismes prolifèrent comme la levure dans du vin et ça tourne au vinaigre.
Ok pour le programme.

Geerd Hamer, comme Wilhelm Reich, évoque une guérison qui passe par une étape cruciale : pour l’un c’est la crise épileptoïde, pour l’autre, le retour de la fonction de l’orgasme passe, elle même, par le « lâchage » de la cuirasse caractérielle devant le plaisir de la mouvance du vivre vécu – crise qui s’apparente à une crise épileptoïde, aussi (un gros travail sur la transe épileptoïde reste à entreprendre). Chez Wilhelm Reich, la rigidité de la cuirasse est certes « psychique », mais aussi neuro-musculaire : elle est « bio-psychique ».

Je pense qu’il s’agit là d’une crise où les fibres de collagène se défont en se secouant vivement, du sucre excédentaire qui les sclérose, peut-être par consumation. Chez le premier, c’est le signe du succès du corps dans sa lutte pour le rétablissement de sa souplesse et la santé ; chez l’autre, c’est la manifestation de la force de la nature à vouloir demeurer souple, en vie, sans cuirasse rigide inopportune. Ce qui me mène à cette pensée étrange : la cuirasse caractérielle est du sucre immiscé dans les fibres collagène à cause de stress acquis principalement en milieu familial que la vie quotidienne réactive violemment un jour… dont la localisation est le foyer de Hamer sis dans le cerveau, co-ordinateur central de l’organisme, qui en protège l’accès et qui s’apparente lui aussi à une peau de collagène !

Merci à Laurent Schwartz et son Cancer, un traitement simple et non toxique qui m’a permis de peaufiner cette approche de la « maladie » : il me manquait le chaînon du collagène et du sucre ! Si les chercheurs des labos pharmaceutiques veulent bien se donner la peine de préciser l’effet désinflammatoire, et non pas « anti-microbes », de leurs médicaments ; et trouver comment défaire le collagène du sucre qui s’amasse avec l’âge, on pourrait mourir plus paisiblement, sans doute avec moins d’effets secondaires 😉

(En sus de la suppression du sucre, essayez l’absorption de 1 gr de gélatine ou de la carnosine, le matin à jeun pendant 30 jours tous les six à douze mois pour diminuer – peut-être –  la glycation des articulations)

La jalousie de la valeur

Pour celui qui a vécu le manque d’un amour, il peut certes avoir la notion de valeur et ce qui distingue l’une d’autre, c’est que le premier est vivant, a pour objet un objet organique tandis que le second est coagulé dans un objet minéral, ou encore par habitude, un objet organique réduit au minéral. En gros, ou bien c’est parce qu’on a pas assez (qu’on ne peut en exprimer suffisamment) ou bien parce qu’il vous manque, que l’amour se transforme en valeur, comme une sorte de thérapie du moindre pire, finalement. Notre désarroi viendrait du fait que c’est parce que nous ne savons pas guérir suffisamment et assez rapidement les maladies de l’amour qu’existerait la valeur. On y arrive vite.

Cela ne résout pas pour autant le problème, puisque ce sera la possibilité d’exprimer avec ou non assez d’intensité l’amour qu’on éprouve… à une personne ou à un objet. Là, on est nul… nuls de nuls : on ne sait pas guérir cette maladie : l’amour qui manque. Suivant les personnes, les doses, les forces et que ne sais-je encore, et encore moins personnalisé. Et ça coûte cher, ça prend du temps, beaucoup de temps, sans souvent que la thérapie ait solutionné le problème qui date alors de plusieurs années. Reconnaît-on déjà la question : Qu’est que le manque d’amour ? Je craints que non, cela n’est pas encore dans les cordes. Il y a des gens qui se sont penchés sur cette anomalie, mais la guérison a lieu encore en un nombre ridicule par rapport aux demandeurs, aux nécessiteux et à leur entourage.

Des observations nous indiquent que dans une société où le rapprochement sexuel fait état d’assez peu d’interdits, la maladie est de courte durée. On peut en conclure, au moins pour cette circonscription, qu’au mieux la satisfaction sexuée est accessible, moins la maladie du manque d’amour a d’impact, à la fois personnellement et socialement. Et incidemment, que le manque d’amour a une part de sexuel : le manque d’amour est aussi constitué d’un manque de rapprochement sexué, certes avec l’être aimé, mais plus consubstantiellement, avec le simple fait de ce rapprochement, puisque la peine du manque est amoindrie lorsqu’on en reçoit au contact d’autrui ; ce qui permet de s’en remettre hâtivement.

Bon… et la valeur dans ce bastringue ? Hébé, même dans les sociétés où les restrictions au rapprochement sexué sont faibles, il y a tout de même des relations où l’objet est doté de valeur, d’une valeur essentiellement sociale (et conséquemment qui prend l’âme : affective ; « il est dur de lutter contre son cœur, car ce qu’on désire s’achète à prix d’âme »), dont le détenteur requière de la fierté, un titre, une médaille, une renommée, du prestige : quelqu’un qu’on peut positivement pointer du doigt, et qui plus est, souvent (et ne serait-ce pas une indication) avant qu’on le voit, je veux dire que sa renommée le précède, comme on disait du talon d’Achille. Il devient un objet, certes, mais doté d’une qualité particulière, sans aucun doute légitime, mais porteur de ce que ressentent pour lui les gens ; en tant qu’être vivant, c’est ici quelque chose de ragaillardissant, n’est-ce pas ?

La valeur peut aussi prendre la forme de quelque chose qui sauve du malheur, du grave déplaisir : c’est une tentative de rester toujours et encore dans une sorte de mélasse faite de plaisir attendu, plus ou moins présent et capricieux. C’est quand les avanies se sont changées en coups du sort que le monde a basculé : ce qui était encore fluide s’est coagulé dans un objet qu’on nomme ici fétiche. Mais nous y sommes encore : certains attendent des nuits dans un froid glacial, la venue du dernier objet dont ils attendent on ne sait quoi de mirifique. Mon avis a été longtemps partagé sur le fait de savoir si la valeur est ou non une maladie humaine qui l’empoisonne et dont il ne sait guérir : c’est humain et c’est là dessus qu’on doit assoir nos recherches. Mais alors : pourquoi cette disposition (à la valeur) devient-elle une maladie, si il en est initialement doté ? Un oiseau peut-il trouver un handicap à avoir des plumes, ou un poisson de pouvoir respirer dans l’eau ? Non, on le comprend. Il nous faudrait alors comprendre avec autant d’aisance, ce qu’est la valeur pour nous, quel est son territoire affectif, social et personnel.

Dans ce cas, la valeur est un accessoire de la grégarité, c’est-à-dire indispensable à la socialité humaine. Pourquoi est-ce si misérable ? À quoi se substitue donc la valeur en tant que moyen dont l’usage est erroné ?

La valeur est un affect dont la sève se nourrit des relations sociales. Les modalités actuelles de ce nourrissement sont aliénées car certains se nourrissent plus que d’autres sur la bête sociale, cet ensemble collectif dans la réalisation du caractère grégaire de l’humain de manière satisfaisante où chacun retrouve son chacun et chacun dans le sentiment d’intégration qui lui est inhérent et sans jalousie sociale.

La récompense de la vie, c’est le plaisir

La problématique freudienne du principe de plaisir et celui de réalité.

Le problème est que si on a pas de plaisir, on ne s’aperçoit pas assez vite qu’il est absent, et cette latence pose la difficulté de remédier rapidement au problème. Je pourrais affirmer que là où il n’y a pas de vie, il n’y a pas de plaisir et réciproquement : là où il n’y a pas de plaisir, il n’y a pas de vie, ce qui, à mon sens, me parait le plus important, parce que c’est la vie qui prime.

Je n’oppose pas le déplaisir à la gène, la gène au déplaisir, parce si l’on sait que là où il y a de la gène, il n’y a pas obligatoirement du déplaisir, là où il y a du déplaisir, il y a toujours de la gène. Ce qui me permet d’introduire que la gène n’est pas l’opposé du plaisir. De plus, ça n’a aucune relation. Mais qu’est-ce que le déplaisir ?

Le plaisir est-il le contraire du déplaisir, ou l’inverse, ou bien n’ont-ils aucune relation ? Il est indispensable de les bien distinguer, de crainte de ne pas pouvoir éviter de les mélanger, car dans ce cas-là, tout deviendrait confus. Je sais que ce n’est pas facile, plusieurs fois j’ai échoué – et que le vice est de penser qu’on pourrait y réussir, inconscient du danger – mais le courage ne manque pas de l’éviter. Ainsi, vous m’accorderai de penser que l’un et l’autre ne sont ni opposés, ni relatifs, ni consompsuel, ni intellectuellement, ni même en rêve (c’est le premier prix) : il s’agit de deux choses différentes.

Mais en quoi le plaisir et le déplaisir sont-ils différents ? C’est ici qu’on procède à ses choix. On peut certes se référer au physique, mais qu’en est-il du psychique ? Non… je ne me joue pas de vous, vous savez et connaissez tout cela par le plus menu des détails, le recoin le plus caché, les chemins les plus délicieux, n’est-ce pas ? On sait et connaît en conséquence ce qu’est le déplaisir, et pourquoi n’en parle-t-on pas ? Pourquoi cela reste-t-il secret, dissimulé à la face de tous alors que tous nous avons la même expression ? Nous savons tous ce qu’est le déplaisir et nous n’en parlons pas, comme c’est étrange… N’y a-t-il pas un remède à cela ? Le plaisir n’est-il pas la clé de ce phénomène de retenue ? Ainsi, nous savons ce qu’est le déplaisir et nous nous retenons d’en avoir. Vous comprenez ? Et pas cette disposition, nous n’accédons plus au plaisir.

Le plaisir est l’opposé de la retenue qui est ce qui retient que nous l’ayons.

Depuis tout petit, je suis intrigué par les mots qui n’ont qu’un sens, jusqu’à me méfier des autres. Le mot « récompense », par exemple : comme peut-il ne pas y avoir de récompense. Si la vie est une récompense, la récompense c’est la vie, donc il y a toujours un phénomène qu’on appelle « récompense » (pourtant unidirectionnel) du fait de vivre. Bien sûr, on peut poser la question du point de vue inverse : comment fait alors la vie lorsqu’elle n’a pas de récompense, et parfois des malheurs encore plus durs ? Ainsi, qu’est-ce donc la vie, s’il faut ne pas avoir de récompense. C’est là la question. C’est ce qui m’a mener à penser que la vie sans récompense (qui en est issue pour la traverser en frissonnant) n’est pas la vie, mais qu’elle est encore la vie lorsqu’elle n’en a pas et que c’est vraiment bien triste.

Quand je dessine une échelle qui va de l’amour à la haine, je n’oublie pas d’y insérer le « ne pas aimer » (que j’ai nommé il y a déjà longtemps : le « mésamour ») qui n’est ni amour, ni haine : l’indifférence. Sur cette échelle, il y a donc trois catégories de vécu bien distinctes : l’amour, le mésamour et la haine (j’aurais bien voulu écrire « ou » la haine, mais grammaticalement parlant, cela n’était pas possible). Chacune de ces catégorie occupant une place que l’autre n’a pas, il y a une gradation d’intensité qui passe de l’une à l’autre, entre une catégorie et une autre. Si je pose maintenant en parallèle une autre échelle qui va du plaisir au déplaisir, je ne trouve pas d’équivalence à ce mésamour, car le plaisir prend une place géographique qui cesse juste à la lisière du déplaisir qui, lui, occupe toujours le reste de l’espace. C’est-à-dire que plus le plaisir occupe de place, moins le déplaisir est grand, et inversement. Mais, il n’y aura que deux catégories de vécu, et la lisière entre les deux sera impénétrable (à moins de confusion des genres due à quelque incompréhension culturelle du phénomène) : il y a un saut qui les sépare. Et on se trouve, géographiquement, dans l’une ou dans l’autre, tandis que dans la première échelle, on se situe ponctuellement dans une intensité émotionnelle (ou son absence, dans le cas du mésamour). Si dans la première échelle je me situe géographiquement dans un seul pays qui va de la montagne à la mer, dans la seconde, je me situe ou là, ou ici, sans ambiguïté, car il y a deux pays : celui du plaisir et celui du déplaisir.

amour ––––>>–––– ne pas aimer –––<<––––– haine
plaisir –⎮⎮–––––––––––––––––––––– déplaisir ou bien
plaisir ––––––––––––––––––––––⎮⎮– déplaisir où ⎮⎮ décrit une frontière infranchissable.

Dans ce schéma, on voit que le plaisir et le déplaisir ne sont « opposés » l’un à l’autre, mais apposés l’un contre l’autre. Dès lors, on doit traiter la théorie de chacun de manière différente. Ce sont deux choses totalement séparables, qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre : lorsqu’on est dans un état de plaisir, on ignore totalement ce qu’est le déplaisir et réciproquement. L’emprise de chacun des territoires est proportionnel à l’intensité du vécu. Ainsi, même si un mot découle de l’autre, la signification de chacun de ces deux mots est différente : il s’agit d’une erreur sémantique que de mélanger le plaisir et le déplaisir parce que les mots qui les prononcent sont identiques par la racine : c’est faux, car si les mots possèdent une identité de racine, il n’en est rien du vécu !

On s’pperçoit que l’opposition que fait Freud dans la réalité et le plaisir ne peut qu’être que de plaisir ou de déplaisir… ce qui, il faut l’avouer, n’est pas toujours facile à supporter tous les jours. Il ne s’agit pas d’opposer plaisir et réalité si nous n’y incluons pas le déplaisir et on sait de quoi on parle. Le mal physique est un déplaisir, parfois très douloureux. Faut-il ajouter que parfois, cette douleur est si intense qu’on aurait envie de mourir ? Et qu’en est-il de la réalité du plaisir ? Est-ce vraiment discutable par rapport au déplaisir ? On évitera. Par rapport à la réalité ? Là, j’en doute car si on doute de l’une, on doute de l’autre, l’autre étant inclus dans l’une. Et de la réalité du plaisir ? Y accéder est être aux anges, ou quelque chose comme ça, avec le plaisir de la réalité. Il nous reste : la réalité ou le plaisir ? Je ne vois pas l’intérêt de l’une sans l’autre.

Mais on sait qu’on est des êtres beaucoup plus complexes. Freud parle ici comme d’un abstrait dans un concret (le plaisir et la réalité) et qu’il nous faudrait prendre conscience que tout cela est vrai, dense, glissant, amoureux. Il y a des hymnes que j’aime. Mais il n’est pas si souvent présent ce plaisir, et on retombe dans la réalité…. avec une petit goût de déplaisir. Ce qui reviendrai à dire qu’il nous faudrait, nous les êtres humains, vivre continuellement dans les airs de l’abstrait pour ne pas sentir le déplaisir de la réalité. Par exemple : la valeur, la notion de la valeur : c’est ici un problème extrêmement complexe dont on aimerait aussi avoir une solution. Sa relation avec la réalité, id est, le déplaisir, de sorte qu’on la gonfle de ce qui nous est déplaisant (ce qui laisse un champ de réflexion), ou bien autre chose encore d’inconnu ? C’est une question intéressante, car elle pollue tous les rapports humains sans qu’on trouve, à part le cadeau, une seule positivité, particulièrement sous forme d’argent (mais pas seulement, il y a aussi maison, avion, et le reste : les ouvriers qu’on garde sous sa main pour qu’ils produisent des produits dont je vais récupérer une valeur supplémentaire, nommée sur-valeur, pour gagner de l’argent ; le seul hic c’est qui faut leur plaire pour qu’ils bouffent n’importe quoi). La valeur qu’on attribue aux choses et aux êtres, a-t-elle quelque chose à voir avec le déplaisir ? Une sorte de prémunition contre un pire, le déplaisir ? Je n’ai pas encore trouvé de résolution la question, j’ai encore trop d’imprécisions pour pouvoir me prononcer sur cette chose bien étrange.

(Je ne vais pas spéculer sur la destinée de l’humain : je le prends tel qu’il est là : pas d’avant, pas d’après ; point. Je ne vais même pas me poser la question de « Pourquoi il est “comme ça” ? »)

Pourquoi l’humain reporte-t-il son angoisse sur un objet, dont l’idée peut absorber parfois des milliards d’individus, dont sont prêt à vendre pères et mères. Sur quelle angoisse se base le fétichisme de l’argent : la valeur ? Le « fétichisme de la marchandise », ok, mais celui de l’argent ? Qu’est-ce qui donne tant de puissance à un objet pour réaliser une telle misère, que les super-détenteurs en veulent plus et que les supra-détenteurs en veulent, eux aussi, plus. Et toujours plus. Personnellement, j’ai bien eu de l’argent (à mon échelle, bien sûr, mais je suis issu d’une famille de pauvres) et dès que j’en ai eu assez, hop ! je m’arrête de travailler ; stop tout court. Pire ! Si un matin que je dois aller bosser une fille jolie tout plein est dans mon lit, le patron y peut toujours m’attendre ! La paresse et la chose sexuelle sont les deux belles et généreuses mamelles de ma vie. Enfin… justement, j’allais y arriver.

Attention : nous savons donc que c’est le travail qui enrichit les riches, pourquoi donc ne nous mettons-nous pas à ne plus travailler pour des riches, mais à nous occuper le temps à nous réaliser nous-mêmes, chacun confiant en ses propres capacités, à celle de pouvoir résoudre en commun les problèmes qui se posent à nous, et à la société (ce que j’étudie en ce moment : la « grégarité » humaine) ? La valeur nous cache ce dont nous sommes capables de faire, avec nous, ensemble. Pire : nous ne savons pas nous en défaire. C’est là que je pose mes souliers, sort ma serviette de bain et pose mon regard sur l’horizon que les Grecs anciens disait être la trace d’une coupure. Nous éprouvons des difficultés à ne pas attribuer de « valeur » aux choses et aux êtres ; ou tout au moins, nous ne maîtrisons pas les difficultés de ne pas attribuer de valeur à tout et n’importe quoi. Et nous ne savons pas pourquoi cela se passe ainsi ! Personne ne s’est penché sur ce phénomène extraordinaire de la valeur qui ponctionne de ses racines profondes nos capacités à vivre plaisamment. L’extra-riche va avoir essentiellement des êtres humains à ses ordres, êtres qui attendent de cet extra, des ordres, en échange (cet échange n’est pas le prétexte mais la matérialité) d’argent. Le problème est aussi gros que son emprise sur l’humanité.

Bien des gens se sont penchés sur la valeur, son caractère fétichiste, et sur les relations sociales que cet affect induit entre nous. Mais peu sur « Pourquoi mettre de la valeur aux objets, aux êtres ? » Y a-t-il report d’affectivité, de plaisir, de haine ? Nul n’a répondu à cette immense question, et non plus à celle-ci : que représente la valeur aux yeux des gens, de tous, pauvres et riches ? L’humain est-il ainsi fait qu’il lui faille de manière indispensable la valeur ? Dans ce cas, serait-ce parce qu’il ne maitrise pas cet affect qu’il créé la misère de son genre et de ses rêves de plaisir réel ? Imaginons que nous trouvions une réponse à cette question et que réussissons à en faire un ramdam, quelles est seraient les conséquences ? Je ne pense pas que cela changerait beaucoup les choses, étant donné l’inertie de l’humain, mais cela lui donnerait, peut-être, la puce à l’oreille.

Seulement, la réponse, je ne l’ai pas. Si je puis la faire passer entre les lignes, mon topo aura servi un peu.

Techno du profit

Une observation que l’on peut faire de l’être humain qui soit tant soit peu pertinente, qu’il est un être technologique : cette propension à bidouiller n’importe quoi, quelque fois à partir de rien, le plus souvent à partir de ce qui a été précédemment bidouillé. Être « technologique » en soi, n’est pas véritablement un problème, à moins de ne pas « bidouiller » qu’il s’agit là d’un problème, et cela lui échappe. On voit fleurir aujourd’hui des « robots », ces sortes de machines dotés des moyens de pouvoir exécuter des opérations indépendamment de leur donneurs d’ordres.

Une branche de cette technologie, fortement tributaire du silicium et du germanium, va jusqu’à parler d’intelligence artificielle, laissant entendre de celle qui est non artificielle, qu’il lui serait possible de se débarrasser de ses aspects organiques et de ses émotions, et par là-même d’insinuer que l’artificielle serait capable d’émotion. Ne serait-ce ici le summum de la technologie ? affirmer que le minéral dans une organisation technologique peut tenter d’égaler ou même de surpasser une intelligence organique. C’est surtout montrer que le cheminement qu’a emprunté cette technologie s’est totalement scindée de l’organique et qu’elle ne désire plus qu’un monde minéral, dépourvu d’émotion sinon que prévisible, c’est-à-dire pré-programmée. Quel intérêt y a-t-il à se construire la fréquentation d’un objet imitant le vivant, ce qui est organique ? Et comment un vivant bien vivant ne peut-il pas trouver ces imitations de l’organique particulièrement laides ? Ces imitations ont tout des gestes mécanique : elles doivent « réfléchir » pour atteindre un but, tandis que le vivant a intégré ce but dans son mouvement, ce qui le rend fluide, élégant, beau.

Un exemple tout bête : le dressage des animaux : on attend d’eux qu’ils exécutent vos instructions de manière belle, élégante, fluide. Le pourrait-on avec des mécaniques ? Tel est pourtant le projet des ingénieurs-technocrates, sans qu’ils admettent l’indispensable assise de savoir le pourquoi d’une telle démarche. Ainsi, rêvent-ils de pouvoir s’accoupler par l’intermédiaire de dispositifs pour eux ad hoc et, bien évidemment, à distance. Quel intérêt ? sinon que de refuser le contact immédiat avec un autre être, organique, parce qu’on abhorre le contact immédiat avec la réalité qui se concrétise par l’autre, de sang, d’os, de chair et de désir et de volonté.

De plus, tous ces engins sont ou très ou extrêmement bruyants. La vue de leurs mouvements ôte, comme par hypnose, la perception de ce bruit. Bruits de moteurs bien sûr, mais aussi des électroniques, je veux dire du courant alternatif, le bzit continuel ou séquencé de la « réflexion » électronique. On veut si peu entendre ces bruits – car ils remettent en cause l’ensemble de la démarche – qu’ils sont sur-dimentionnés dans les films qui en font la propagande, pour les rendre naturels, pour faire que leur existence inévitable devienne « normale », sinon d’une logique structurelle que l’on doit inévitablement accepter dès lors qu’on a admis que l’existence du générateur est devenue indispensable.

Aux comportements mécanique et erratique, à la génération de bruits inhérents à la machine, en éludant le problème de la consommation d’énergie, s’ajoute l’optimum de la machine qui désire et veut… mais selon le concepteur, bien sûr. Cela fait l’objet de spéculations catastrophiques romanesques ou filmiques à grand succès, tant le sujet du vouloir et du désir autonomes posent de questions à ceux dont la latitude en la matière est assez restreinte par la matière, précisément, qu’elle soit minérale ou organique. Cet aboutissement de la technologie dans le robot ou la gestion des êtres vivants (la bureaucratie est demandeuse de technologie), dénonce une autre fois la peur, et en conséquence le refus du fluide, de l’élégant et du beau. Cette technologie en rêve et ce rêve obstrue sa réalité : c’est laid, ridicule, bruyant et chaotique.

Du seul point de vue humain, de celui de la jouissance dans la communication entre nous, la technologie d’aujourd’hui se présente comme un rattrapage des déficiences du passé immédiat : la technologie tend à palier aux freins qu’elle posait hier à ce plaisir, certes, mais toujours en s’imposant comme intermédiaire dans l’obtention de ce plaisir, ce qui diminue d’autant cette jouissance qui a besoin du contact comme le poisson l’eau ou le poumon l’air et la plante le sol.

L’une des toutes premières technologies a été l’usage du feu. Puis, longtemps après, par déduction des outils précédents, est venue l’agriculture qui, à son tour, a demandé des « progrès » technologiques (la technologie consiste à imposer l’amélioration technique comme substrat de société). Mais, à nouveau cette question lancinante : quid de cette jouissance de la communication entre nous ? On nous donne à sans cesse comparer l’indigence des indigènes relativement à nos outils de conforts… mais qu’en est-il de l’humain, chez ces « indigènes » – qui peuvent être nos ancêtres aussi bien. Ils seraient sales, mal lotis, mal fagotés, etc. Mais quelle est la tension humaine de leurs relations sociales par rapport à la notre ? Une grande partie de cette tension sociale orientée vers le plaisir de vivre ensemble dans un ensemble comme un ensemble formé d’éléments propres et adaptés à cet ensemble – la propriété humaine, dont les outils sont la parole, la poésie, le consensus, etc. bref : des dispositions uniquement organiques et émotives – est déjouée par la technologie, de sorte qu’aujourd’hui on lui octroie une place indispensable dans notre communication : là où une lettre suffisait à embraser le monde, il faut trois millions de courriels. Bien évidemment, je prends ce qui est là pour réel et ne renie en rien qu’aujourd’hui, cette technologie soit devenue un besoin dans notre communication. Non, ce que je réfléchis est son emprise quant à notre existence qui ne se suffirait finalement que d’une bonne transe commune fréquente, à la fois comme cohésion sociale et satisfaction particulière dans ce social.

Nos ancêtres avaient plus de plaisirs à se rencontrer que nous : le nombre de musiciens « amateurs » étaient de un pour vingt des gens, aujourd’hui, peut-être de un pour trois cent : cela donne l’échelle des opportunités à la rigolade collective qui allait bien au-delà du cercle familial d’aujourd’hui. À mesure de la progression des « outils sociaux », la solitude touche trois à quatre fois plus de personnes (on parle de 6 millions, en France, de personnes qui n’ont pas une conversation intime le mois), en à peine dix ans, l’apparition du premier Iphone. Les relations sociales, la grégarité humaine, se sont délitées dans la même proportion que l’envahissement de cette technologie dans la vie « humaine ». Les Grecs anciens, avec leur panoplie de dieux aux relations aussi complexes qu’intriquées dans leur vie, avaient une plus grande et profonde satisfaction de ce vivre ensemble qu’aujourd’hui, dont la complexité et l’intrication déborde à peine les touches d’un clavier qu’il faut apprendre à maitriser en même temps que l’usage pour lequel il est fait. C’est la même intelligence qui est employée, mais là-bas en jouissant immédiatement de ses effets, aujourd’hui, en allant chercher une mise à jour qui n’apportera finalement qu’un peu plus de complication à notre affaire.

On dit que la technologie a extrait l’humain de sa misère, mais l’a-t-elle sortie de l’esclavage, vraiment : non, elle a adouci cet esclavage en déplaçant un maître qu’elle ne sait plus distinguer dans le brouillard des électrons. La « révolution verte » s’est avérée une catastrophe dans la pollution et le meurtre des sols, pour le plus grand profit des consortiums pétroliers et bancaires. Nous sommes habillés de plastic, nous transportons en plastic, lions, emballons, etc. en plastic et empoisonnons tout de nos plastics : c’est le fruit immédiat de la technologie qui mène aux robots et à l’intelligence artificielle qui ne peut concevoir le monde que minéral. Oui, certes, le plastic est organique, mais ne nous voilons pas la face avec le sens de ce mot pour en cacher le sens, car ce plastic est dépourvu d’émotion, tandis que la plasticité de l’organique est précisément cette capacité à l’émotion qui fera toujours défaut à ce plastic (dont on peut mesurer la désinsertion du monde à sa vitesse de décomposition – le moteur de l’organique – allant jusque 600 ans ; le reste du temps, il pollue grassement).

Lorsque la technologie a amélioré les conditions de vie des gens, c’est pour les mieux exploiter, c’est-à-dire, à produire plus de profit pour ceux qui détiennent les moyens de production et savent les imposer par les lois (leur justice), la police et l’armée, pas même comme indispensables, sinon qu’aujourd’hui il n’est plus possible de s’en défaire, tant tout est pourri. On sait qu’aux époques où les gens étaient dans la misère, cela était grandement dû à l’exploitation de leurs ressources à des destinations dont ils étaient exclus. Et on sait aussi qu’aujourd’hui, le bien-être des pauvres d’ici est relatif au mal-être de plus pauvres d’ailleurs, toutes technologies comprises. Les médicaments nécessaires pour soulager les gens malades des avancées de la technologie ici, empoisonnent ceux qui les fabriquent ailleurs, tandis qu’ils ont été conçus par des technologies « de pointe » ayant demandé des budgets colossaux qu’il a bien fallu trouvé quelque part, sinon que dans l’exploitation des gens, qui les rend malades.

L’intelligence artificielle dont personnellement je n’ai que faire et ne vois pas en quoi elle pourrait trouver un emploi autre que bureaucrate ou bancaire, veut faire admettre qu’elle peut exister, qu’il peut être créé artificiellement, une intelligence, dans un processus dans lequel on se demande à mesure qu’on avance où elle peut bien mener. Donner le nom d’intelligence à ce processus minéral est vraiment idiot et terrorisant, présomptueux et mesquin. C’est autour de moi, moi être humain, que je constate de l’intelligence : l’organisation, à la fois dans sa composition et son fonctionnement, du monde : la grande intelligence de la nature qui a créé la vie. Comparé à cette grandeur, qu’elle soit artificielle ou pas, une telle intelligence est le pet d’une amibe qui a mangé trop de sucre et s’est retenue longtemps avant de l’émettre.

L’intelligence dont l’humain se réfère est technologique et bien peut organique : il ne sait toujours pas ce qui provoque le cancer, sinon que technologiquement ; il ne sait toujours pas ce qui provoque le phénomène de l’amour, sinon que technologiquement ; il ne sait toujours pas ce qui pousse le nouveau-né à ramper vers le téton de sa mère, même pas technologiquement puisqu’il a empêché ce phénomène naturel de s’accomplir durant des siècles de souffrance. Il ne comprend surtout pas pourquoi je m’acharne contre cette avancée de l’humain dont l’intelligence n’est que de profit, puisque je ne comprends pas le monde comme une technologie, et encore moins comme artificiel pour en imaginer une intelligence du même acabit. Bien que je ne fasse pas beaucoup de bruit, ni ne produise de déchets en excès de sorte qu’ils en arrivent à polluer notre environnement, je trouve un confort dans le monde, parce que je tente d’utiliser mon intelligence en intégrant ses productions matérielles dans notre environnement et essaye de l’utiliser beaucoup plus qu’à produire de ces « matérialités » pour qu’elles reproduisent une élégance, une fluidité et une beauté que j’affectionne de partager. We’re not alone !

Maître Soleil sur son horizon perché

Maître Soleil sur son horizon perché
Tenait dans ses yeux la lumière
Et la Terre par ses couleurs alléchée
S’imbibait de son onde nourricière

Aux chants des oiseaux qui pépient
Aux plantes fleuries chargées de rosée
Sa respiration claire et vive inonde sa vie
Celle grouillante qu’elle a si bellement osée.

Parce qu’il se croit l’intermédiaire des dieux
Celui qui croit en nommant les choses
Détruit tout pour la mesquinerie du profit
Et oublie que le fruit n’est pas encore l’arbre

Il s’investit roi, chancre malade des dieux
Et envahit tout comme il l’est de lui-même
Alors qu’il ne crée sans plus que du minéral
Des pièces qu’il rembourre de sa vitalité

Pour la cloisonner comme l’est son âme
Dans les murailles de son cœur froid
Dans les geôles de ses banques avides
Et ses morales corrompant la sexuation.

Celui qui est l’enfant de la nature
Et se dit plus « intelligent » qu’elle
N’en ayant pourtant rien appris que ce minéral
Pour en écarter son être de chair : l’organique

L’organique qui pulse et que les pulsations
Gênent, qui respire que le souffle étouffe
L’organique au sang chaud comme l’amour
Qu’il enchaîne pour en dévorer le foie.

L’extraordinaire organique plus érudit
Que ses mille prix Nobel et dont il craint
De toucher tant il est profond, émouvant
Et fluide, dont le sain mot humain est « amour ».

Ce sain mot il l’a sanctifié pour en
Extraire la sexuation, fluide, émouvante et
Profonde, et l’écarter de cette « intelligence »
Qui réduit ses cieux à son étroitesse.

Ses radins saints repousse le féminin dans leur matrice
Par effroi de ses désirs et de sa liberté vaginale
Coupent les agiles mains mentales de la
Curiosité enfantine qu’ils barbouillent de peur.

Maître Soleil sur son horizon perché
Tenait dans ses yeux la lumière
Et la Terre par ses couleurs alléchée
S’imbibait de son onde nourricière

Aux chants des oiseaux qui pépient
Aux plantes fleuries chargées de rosée
Sa respiration claire et vive inonde sa vie
Celle grouillante qu’elle a si bellement osée.

Ovni or not ovni ?

Pour une rencontre avec des personnes (des êtres, quoi !) venues d’une autre planète, il faut certaines conditions (bien sûr, on pourra dire que je suis vraiment prétentieux devant un tel événement, mais les ceux-ce qui y croient, ne le sont-ils pas tout autant ?) qui sembleraient indispensables. J’en trouve à minima trois :
– la concordance des temps,
– celle des distances
– et celle de la technologie.

Pour la technologie, il est évident qu’il faut avoir atteint un certain stade technologique pour pouvoir « voyager » jusque « chez nous ».

Pour la concordance des distances, il faut pouvoir venir jusque cette planète (chez nous) véritablement habitée par des êtres qui lui sont certes irrémédiablement liés, mais surtout, dans cette chaîne, qui détiennent une certaine liberté de déplacement. On sait que les plantes ne se déplacent pas ou peu ; qu’un nombre incroyable d’animalcules ne peuvent rester en vie que dans un contexte très serré ; et que quelques autres animaux peuvent aller et venir dans un cadre assez restreint. On peut dire que l’humain est l’animal le plus adaptable de ce monde et le seul qui ait sans véritable modification d’adaptation (outre, peut-être la couleur de peau et quelques enzymes) envahi ce monde, en relativement peu de temps : à peine 70 milles ans.

Ainsi, en calquant sur autrui ce que nous sommes devenus pour avoir une telle idée qu’on puisse venir nous visiter « des sphères étoilées », un minimum d’évolution chez ces personnes de l’au-delà est indispensable à leur propre déplacement. Sachant que les moyens de locomotion humains (par exemple, la roue) n’ont à peine, que 6 milles ans, et qu’il faille ce temps pour envisager d’évoluer dans une troisième dimension (celle du ciel), auquel s’ajoute encore un saut qualitatif qui vous permette de traverser des distances incroyables (des années lumière !) pour « nous » rencontrer, la condition des distances devient pointue.

Il ne peut y avoir qu’une fenêtre dont le cadre spécifie à l’extérieur, un trop tôt et un trop tard. Pourquoi ? Parce qu’il faut pouvoir avoir la capacité de cette rencontre : capacité intellectuelle, essentiellement. Posez un ovni à l’époque mésopotamienne, l’humain de cette époque-là n’y comprendra rien : il n’a pas la capacité d’abstraction pour s’atteler à un tel événement et il verra cette « visite » comme un autre caillou : rien de plus. Ce « visiteur » tenterait-il d’entrer en « communication » avec les humains d’alors (encore faut-il que cet animal devienne pour lui le centre de son intérêt, alors qu’il y a tant à voir sur cette terre de moins nocif, de plus honnête et de plus amical) que ces humains n’y comprendraient rien : « C’est quoi ce truc ? » diraient-ils ébahis. Je peux supposer que l’idée d’une telle « visite des lointains cieux » est celle d’une époque, c’est-à-dire d’une évolution technologique donnée qui en permette la formulation.

Si j’étais « ce » visiteur et que j’avais entrepris mon voyage (avec sans doute quelques uns de mes congénères) il y a un siècle, en me dirigeant vers cette planète bleue, je me demanderais s’il n’y aurait pas quelque danger à l’accoster, car l’explosion électromagnétique qui en émane depuis une soixantaine d’années et qui s’est amplifiée tout au long de notre voyage, est telle qu’on arriverait à se demander s’il ne s’agit pas d’une explosion du genre des novas. Au début, ces ondes électromagnétiques étaient très faibles, puis de plus en plus, elles se sont amplifiées et selon des longueurs d’ondes toujours de plus en plus courtes, chauffant comme dans un microonde la vapeur d’eau de l’atmosphère, avec une intensité, une force toujours croissante. De sorte que toute cette énergie électromagnétique, dont les origines sont très diverses (moteurs électriques, courant alternatif issu des générateurs, d’antennes, d’émetteurs, de radars, etc.) corrompt totalement toutes les communications d’immédiateté de cette atmosphère et des corps, les rendant malades du ventre, du cœur et du cerveau. Une telle maladresse bien sûr interroge et rend méfiant. Car ces émanations ne proviennent pas d’un phénomène « naturel », mais encore une fois, de cet organisme bipèdique qui affirme s’en servir à des fins de « communication » et de « puissance » transformable. Car il s’agit toujours d’une transformation de cet électromagnétisme en une autre chose, héritière du parent dans sa nocivité qu’ils la nomment « information » ou bureaucratie. C’est ainsi que, bien que poussé par l’inertie de mon départ, arrivant à proximité de cet endroit pourtant si charmant à priori, cette explosion me laisserait perplexe : quelle peut bien en être l’utilité, je veux dire : que cache-t-elle qu’il faut éviter de voir dans cet engrenage enclenché il y a un peu moins d’un siècle ? Ainsi, aurais-je entrepris ce voyage il y a vingt, mon effarement aurait été encore plus important car, comme la grenouille ne sent pas une montée lente de chaleur dans son eau et en arrive à cuire pour n’avoir pas su se sauver à temps, d’un siècle, j’aurais été baigné dans le flux, mais de vingt années, j’aurais été brûlé comme une main posée sur un poêle à bois qui ronfle (oui, nos longues-vue sont si performantes, qu’il nous est arrivé de voir des poêles à bois ronfler, il y a un siècle : ce qui est le passé était encore le présent pour nous).

Si j’étais ce « visiteur », je ne me risquerais pas, d’emblée, à rencontrer cet organisme singulier qui se surcroit parce qu’il pense penser et qui se nomme « humain » : je l’observerais d’abord pour ne pas risquer ma vie, étant venu de si loin pour une telle découverte. Et, inévitablement, je me serais aperçu que cet animal, cet organisme pluri-corporel qui a envahi ce bout de caillou multimillénaire, est délétère et j’éviterais de m’y frotter : je passerais mon chemin, sans aucun doute. Cet animal qui rejette toute affectivité sexuée est bruyant, mortifère ou immédiatement torturant pour ses congénères, mais aussi pour les autres habitants de ce caillou, c’est un empoisonneur : tout ce qu’il touche est le fruit d’une recherche avide de profit (abstraction des abstractions s’il en est) à seule destination de son égo, de sa petite existence désintégrée de tout environnement (non seulement de son milieu de vie : ce caillou lui-même, mais aussi de ses contemporains – j’entends par-ci par-là qu’il ne lui reste guère plus que sa « famille », un entourage d’un peu plus de dix personnes) en vue de dominer autrui, ses congénères, passant outre cette destruction principalement de l’affectivité et des possibles de la sexuation pour en guillotiner la satisfaction. Je ne me risquerais pas à le rencontrer de crainte qu’il ne me contamine de sa maladie : le chancre émotionnel.

J’observerai qu’il y a sur cette planète une division de ces pluricellulaires en deux sexes et qu’il y a un organisme particulier (sans doute celui qui empue la planète) chez qui cette sorte d’égalité octroyée par une attribution simplement hasardeuse, mais néanmoins savamment calculée selon l’incommensurable intelligence de la nature (en fait, la nature est l’Intelligence même ! présomptueux est celui qui lui donner le nom de « dieu » pour la réduire à sa propre « intelligence » et la maltraiter en ce nom), n’existe plus. Chez tous les autres animaux, la répartition des spécificités répond à ce qu’elle est, et chez ce bipède, on voit que le mâle a comme une suprématie étrangère à ces spécificités sur l’autre sexe qui, il est vrai, est un peu moins corpulent, musculairement parlant. À se demander si le muscle ne remplace pas le cerveau dans cet organisme, lorsqu’il est masculin.

Dans cette notion de distance, il y a donc une interrogation de proportionnalité : la rencontre ne peut se faire que relativement à une disposition qui admette l’un et l’autre des deux protagonistes. Une des proportions indispensables à cette rencontre est le respect de l’autre : l’admettre selon un point de vue où l’égalité à soi induit qu’autrui à autant d’importance que soi. Dans les fantasmes réalisés (le cinéma), aucune histoire (puisque c’est ce qui nous distingue des autres animaux : nous sommes capables de nous raconter « des » histoires) ne mentionne une telle égalité : soit l’humain est supérieur (alors que l’inconnu vient de bien plus loin que le seuil de sa maison), soit l’inconnu est un dominateur avide, lui aussi, d’exploiter – de profiter – des richesses de cette planète, pour diverses « raisons » telles que l’indispensable survie de ce profit, de son espèce, des riches, de l’armée, etc. (en fait il s’agit toujours de faire « travailler » l’autre pour en retirer les richesses).

Il remarquerait l’immense solitude affective de ces bipèdes que chacun d’eux tente de combler par l’asservissement à des relations qui sont sensées la combler. Sans aucun doute, comme tout animal doté d’un semblant d’affectivité (relation demandant un échange de chaleur concrète, mais aussi abstraite, pourrait-on dire, inhérente à sa condition de mammifère), notre visiteur serait doté une propension au jeu et il serait étonné de l’usage que nous faisons de cette aptitude : des femmes dénudées ici, des mensonges là, de la politique partout, le report sur des objets (principalement, l’argent) de l’affectivité qui est le moteur de ce jeu, de sorte qu’elle ne puisse plus s’exprimer qu’à travers ces objets, le fétiche.

Cette translocalisation de l’affectivité dans l’objet est une spécifié humaine, s’apercevra-t-il alors, mais au lieu d’être une richesse sociale, elle demeure une course à la « richesse » individuelle (personnelle) qui se manifeste dans l’acquisition éperdue de ces objets, des fétiches. Cette acquisition passe par toute les vilénies possibles et imaginables, jusqu’à même la torture de ceux qui en sont totalement dépourvus ; torture physique, sociale et affective, chacun de ses domaines trouvant ses manières particulières. Bien sûr, notre visiteur se demanderait si ses constatations sont justes et véridiques, tant elles sont surprenantes, mais il devra se plier à leur évidence. Généreux, il se posera ensuite la question de savoir s’il pourrait ou non « aider » ces bipèdes à résoudre ce problème du chancre affectif, par quelque curation dont il aurait la possession en partage, mais il se dirait que la mesquinerie (sans doute un avatar mal compris de l’instinct de survie ?) est si ancrée dans les âmes, qu’il semblerait que le mieux (tout comme on laisse un malade à sa maladie car il retire le bénéfice du simple bénéfice d’exister) serait de ne s’occuper de rien et de laisser les affaires aller leur cours… jusqu’à ce que mort s’en suive, puisqu’elle s’empoisonne elle-même et que la planète s’en sortira toujours, même avec ces poisons. Dans ces conditions, la meilleure décision que je pourrais prendre avec mes amis, c’est de passer mon chemin et de laisser à leur prétention ces gens qui se croient suffisamment intéressant pour qu’on leur rende visite de très, très, très loin.

La concordance des temps revient à remarquer que l’évolution du monde ne répond pas à une avancée identique en toutes ses parties. Ainsi, pour qu’une telle rencontre ait lieu, il faudrait qu’elle se passe, elle aussi, dans une fenêtre temporelle. Notre visiteur commence son voyage à telle époque, chez lui, qui correspond à une époque chez nous. Il voyage, donc. Cela demandera un certains temps, bien sûr et comme il devra parcourir des années lumières, s’il voyageait à cette vitesse, il mettrait disons 5 ou 6 ans. Et il arrive chez nous. Il serait donc parti, pour nous, il y a 5 ou 6 ans ! (on sait qu’il lui faudrait plutôt des dizaines d’années ou même des siècles pour un tel voyage), mais cela ne fait que grossir le problème de la concordance des temps).

Allons au plus simple que le transport de personnes : les messages « extra-terrestres ». Si nous recevons un message « extra-terrestre » depuis quelque part qui est distant de nous ne serait que de quelques milliers d’années « lumières », à partir de ce que nous comprenons des phénomènes de la nature (ce qui est loin de ne pas correspondre à un mode de production des fétiches) cela signifie que la technologie du moment de l’émission de ce message date d’autant de milliers d’années. Or, lorsqu’on regarde le moment à partir duquel nous sommes à la fois capable d’émettre de tels messages (et pas sur d’aussi longues distances), et de les comprendre, leurs balbutiements ne datent à peine que de 110 ans. Non seulement en partant de la théorie du « big bang » qui homogénéiserait les temps et en conséquence les évolutions organiques possibles (ce qui ne permettrait pas la concordance du décalage de la réception), mais aussi des moments où cela peut apparaître, on se demande bien comment un tel message peut être émis d’aussi loin, dans quelles conditions, en quelles circonstances et pour dire quoi : « J’existe ! » alors qu’on a déjà cessé de l’être ? A-t-on pensé que lorsque nous émettons des « messages » vers ailleurs, il faut qu’il soit capturé… mais dans combien de temps ? Au pas où va la destruction de notre caillou, l’humanité aura disparu seulement au cours du temps « aller » de ce message ! Qu’attendre de la « réponse » et en quelle langue, nous qui ne savons pas nous entendre pour mener à bien le projet indispensable de cesser de travailler, de nous entendre pour cesser de détruire ce caillou, nos âmes et nos sexes ?

Ce désordre que nous mettons partout, et principalement dans nos âmes, avec cette technologie qui va à la démence, c’est-à-dire « devenue autonome et n’allant plus que pour soi » (comme fruit de l’économie, symptôme de la mesquinerie incarnée), nous dispose dans une telle solitude et un tel désarroi qu’il nous faille penser que nous ne sommes pas seuls au monde, perdus, en proie à la peine. Lorsque cette solitude est devenue si douloureuse qu’elle sort du champ de la conscience (de sa propre perception), elle provoque des hallucinations, amalgame de visions physiques et psychiques ; et à un tel stade, elle montre son importance, son volume qui va jusqu’aux cieux qui n’en ont que faire. On refuse de comprendre qu’il faut une structure mentale, c’est-à-dire qui met en corrélation l’affectivité et ce qui est perçu du monde pour se donner les moyens d’y correspondre et de pouvoir y vivre sans trop de souffrance, pour que de telles idées viennent à la conscience et, surtout, qu’on cherche à leur donner « corps ». La grandeur de cette solitude se miroite dans la grandeur (au sens spatial) de ces idées qui vous permettent de quitter ce monde pour un autre moins agressif, impuissant que l’on est de défaire celui dans lequel on vit de ce qui le rend si pénible à vivre.

C’est ainsi que de telles idées nous poussent à aller voir ce qui se passe sur d’autres planètes, au moins la plus proche, pour rêver qu’on puisse nous promener plus loin. Mais déjà, que ce soit pour la lune ou pour mars, cette  « idée » de prospection a produit des tonnes de déchets sur ces cailloux et sur le nôtre (que nous ne pourrons jamais recycler) avec les engins qu’on leur a lancés, sans se douter que cette disposition d’esprit est celle, précisément, d’évacuer le problème du déchet (dont on pourrait dire que la solitude et la misère sont ceux de sa production affective – qu’à une époque encore proche, on disait sociale) qui est, ICI, produit dans le seul et aussi compulsif que prégnant espoir de gain : le manque de satisfaction correspond exactement à cet espoir de satisfaction fétichiste, le gain, quelles que soient ses conditions et ses résultats.

Es poire de gain

La sexualité, chez l’humain – la seule race terrestre qui procède ainsi sur cette planète vis à vis d’elle : elle ne maîtrise pas encore toutes les séparations dont elle est capable – est brimée, avilie, ignorée, écrasée, anesthésiée, effrayée, apeurée, condamnée à mort, à la prison, prostituée, grimée, propriétarisée, marchandée, sous l’emprise de religions, et que ne sais-je encore. Sur cette planète, l’être humain est le seul animal qui fait de l’abstinence une vertu ! Cette action débilitante est à la fois consciente (cette race est dotée d’un retour sur soi de la pensée : elle « réfléchit » et prend alors conscience de soi), car l’expression de la sexualité est émouvante et qu’il craint cette émotion ; et « inconsciente » car une fois le refus de son approche atteint, il ne sait plus l’aborder avec sérénité, et ne peut s’avouer qu’il ne peut en être autrement du fait que ce refus est la barrière-même empêchant de la côtoyer sereinement.

C’est ainsi que l’animal le plus adaptable de cette planète est aussi celui qui jouit le moins de la vie, car sa vie est scindée en deux parties parfaitement cloisonnées : une sorte de vie sociale et la sexuation où la première est totalement, sinon que d’une manière « inconsciente » (c’est-à-dire qu’elle transparaît partout dans cette vie sociale sous une forme altérée, généralement sous le couvert de la vertu en sous-vêtements). On sait depuis plus d’un siècle et demi que les substitutions à la satisfaction sexuelle sont le fétichisme, aujourd’hui (dans le contexte du capitalisme) celui de la marchandise : c’est-à-dire que tout sur la planète, du minéral ou de l’organique, est réduit à un objet de transaction, de vente qui dénature entièrement l’objet de son existence propre ; le fétiche étant, non pas l’argent qui n’est qu’un moyen de ce fétiche, mais le profit.

Le profit trouve effectivement sa matérialisation dans un « plus de quelque chose » (généralement de l’argent, de la richesse, ou du pouvoir sur autrui par l’intermédiaire de sbires qu’on rétribue pour l’exercice de ce pouvoir par les coups), mais essentiellement comme abstraction, comme anticipation de l’avenir, comme « espoir-de-gain ». C’est ce vide entre le présent et l’avenir qui est le fétiche de la marchandise, l’espace où se loge l’idée anéantissant toute autre idée : non pas le gain, qui est son moyen (encore une fois), mais l’anticipation du gain, le gain comme anticipation exclusive de la marche du temps.

C’est ce caractère (dit) psychologique (car bio-psychique) de la démarche de la vie mise dans une telle disposition qui est « le tenant et l’aboutissant » du fétichisme, comme substitution à une sexualité hors du cadre capitaliste. Le fétichisme ne peut pas imaginer une sexualité hors du cadre, aujourd’hui, du capitalisme, cela lui est impossible : le fétichisme est une protection contre la sexualité hors de ce cadre et un moyen de garder bien gardée, haute et puissante cette barrière contre la sexualité hors du cadre (aujourd’hui) du capitalisme. C’est pour cela qu’il est si difficile de sortir du capitalisme qui ne cesse de se « régénérer » à travers les formes sans cesse mouvantes du fétichisme : hier il s’appliquait à la grosse bagnole, aujourd’hui à un téléphone portable, par exemples. Hier, une cheville suffisait à mettre en émoi , aujourd’hui il faut une tripotée de filles à demi-nues sur un écran pour attirer l’attention de cet « espoir » de jouissance jamais atteinte. Car, on le sait, la satisfaction du fétichisme ne réside pas dans le fétiche, mais dans ce qu’il représente : l’abstraction de son objet.

Cette « abstraction de son objet » est le substrat de toutes les spéculations qu’elles soient religieuses, économiques, sociales, affectives entretenues entre les « êtres » humains. Ce qu’ils prennent pour une particularité de l’être humain n’est en fait qu’une forme de la maladie de son adaptabilité au monde, une altération de son aptitude à la séparation. Cette forme de maladie que l’être humain prend pour une de ses caractéristiques existentielles en se disant un « roseau pensant » (quand il n’est qu’un éros pensant) l’entraîne dans les pires des situations de misère, lui qui est l’adaptabilité même, et ceci non pas parce qu’il est particulièrement handicapé par la nature de son être dans l’environnement dans lequel il peut vivre, mais parce qu’en tant que groupe, ce fétiche, cet espoir-de-gain veut des « plus égaux que d’autres » qui resteront dans une misère tout aussi sexuelle, mais aussi de conditions de vie déplorables qu’ils consoleront dans le fétiche d’un secours extra-environnemental.

Ce mystère des disparités de l’existence humaine n’interroge pas autant que leur existence même. Elles sont attribuées à des carences des uns, ou à l’environnement et que ne sais-je encore (la religion, les chefs, les femmes, les loups…) Et pourtant, on sait insidieusement qu’elle n’a pas réellement de raison « d’être » : même si on distingue une lueur qui éclaire une disposition (dite) psychologique (genre une malveillance des uns sur les autres), on hésite encore et encore (comme le capitalisme se renouvelle sans cesse dans ses formes) à en prendre la réalité, car elle va faire peur. Elle fait peur parce qu’il va falloir se bouger les fesses pour qu’une telle ineptie cesse son renouvellement, et si possible définitivement. On craint cette solution car on sait que l’origine de cette aliénation est sexuelle et que la sexualité, telle qu’elle est aujourd’hui, fait peur, bien plus dans une forme satisfaisante que sous la forme actuelle de délirante. L’espoir-de-gain est logé partout sur cette planète, c’est une disposition d’esprit, une organisation sociale, une régularisation de l’affectivité… nous ne sommes pas sortis de l’auberge.