Une telle ligence à la production du profit est peu intelligente

La plupart de ces chercheurs qui ont abordé l’intelligence, l’on fait selon le point de vue de l’aptitude à la technologie (l’exploitation du monde comme seule matière minérale) qui est un aspect particulier et boiteux dans la recherche de l’harmonie du monde. En reportant cette maitrise du minéral comme procédé sur ses congénères – la technologie des sentiments –, c’est dans son aspect quantitatif qu’a été abordée jusqu’ici l’intelligence. Pour la plupart de ces gens, travailler « intelligemment » revient à produire du profit, alors que l’intelligence des émotions – celle qui procure l’absence de temps mort en  le vivant  – consiste à réaliser un ouvrage correctement pour autrui  et dans le plaisant savoir que ce qu’on produit va trouver une réalité comme une utilité pour autrui, rentre dans la psychologie… et si c’est malade, dans la psychiatrie. À l’état de cette planète, on voit que l’intelligence pour le profit est une maladie menaçante relevant de la psychiatrie.

Comme définition générale, on peut dire que l’intelligence est la recherche de la cohérence d’une collection d’événements : c’est d’abord un usage. Il me semble que c’est Hegel qui disait que « l’intelligence, c’est la ruse de la raison ».

Tous les animaux possèdent exactement l’intelligence nécessaire à une parfaite adaptation au monde (au leur). Pour ce qui est de nous, les humains, les autres animaux – qui sont loin d’être inférieur en intelligence quant à leur adaptabilité au monde et en font conséquemment un autre usage – en sus, nous pouvons leur apprendre ce dont ils n’ont pas du tout besoin… et, à moins de maltraitance, ils le font généralement avec plaisir, participation et jeu.

Par ailleurs, tant que des particuliers se sentiront plus intelligents qu’une intelligence collective, cette dernière n’existe qu’à l’état latent ; au contraire, on bénéficiera de l’intelligence du bien collectif en collaboration avec celle d’un bien privé ; ce qui nous porte à remarquer que l’intelligence est aussi en lien étroit avec l’affectivité, cette forme de relation à soi et à autrui, affectivité devenue objet technologie de la publicité, de la politique et de l’obligation au travail.

L’intelligence se manifeste principalement dans le solutionnement de problèmes relationnels ayant rapport au confort, la nourriture, le bien-être en général, et elle trouve son meilleur épanouissement dans la relation entre les personnes, et leurs (au sens collectif) relations avec le milieu ambiant, la nature. Cette recherche de l’harmonie se retrouve dans les rites pratiqués en commun, les chants, les danses, les jeux, le travail collectif, la résolution des conflits et les ruses de l’amour.

Hanté-Christ et post-vie

Âgé d’environ 10 ou 12 ans (cette période de ma vie est très embrouillée pour moi), la nuit, dans mon lit, je me disais que je devais certainement être l’Antéchrist, tant on me faisait souffrir ; et que si on me faisait souffrir, c’est que je devais être l’être mauvais par excellence, celui qui, pour les autres, veut détruire ce monde.

Je ne me suis pas trompé de beaucoup, car il est tout à fait vrai que les gens se font souffrir les uns les autres, qu’ils sont dépassés par ce fait qu’ils voudraient ne pas commettre, mais qu’ils font tout de même, dont ils sont parfois (pas même « souvent ») étonnés du résultat, comme à leur corps défendant ; et moi, je veux effectivement que cette organisation sociale disparaisse, sans possibilité de retour.

Je me disais que, finalement, s’il fallait un Antéchrist, je voulais bien être celui-là, car après lui et la grande bataille du bien contre le mal, venait le paradis sur terre puisque cet Antéchrist était par la négative la voie ouverte au Christ, son précurseur indispensable, la voie du paradis sur terre : j’étais prêt à me sacrifier pour autrui, pour le bien du monde, quitte à faire souffrir et à souffrir moi aussi. C’est qu’on m’en faisait baver, comme on dit et beaucoup.

Cette manie qu’on les gens de se faire souffrir mutuellement est restée une énigme terrifiante pour moi, pendant très longtemps. Je ne parle pas seulement du bourreau qui fait son « travail » officiel, mais de ces petits trucs machins et choses qui vous pourrissent la vie absolument inutiles, dérisoires, pingres, superfétatoires. Pire, nul n’est fait pour palier à la souffrance de l’autre, sauf pour les petits chiens et les petits chats, les poulains et autres animalcules dérisoires quant à nous, êtres humains qui possédons cette faculté magique de pouvoir parler, échanger entre nous ce qui va et ce qui ne va pas. Je ne dis pas que tout le monde devrait aller de la même manière, mais plutôt que tout le monde devrait aller sans avoir à souffrir les douleurs que lui inflige autrui.

Outre l’immense multiplicité des « raisons » qu’il y a de faire souffrir autrui, il doit bien y avoir une raison à cela qui soit universelle. Quelques uns s’étonnent de ce phénomène, mais ils sont au nombre d’environ 2 à 4 % de l’ensemble des gens concernés : tous ; les autres béent sans fin, abrutis de douleur, pourvoyeurs eux-mêmes de cette souffrance, certains recommandant l’abstinence, d’autres l’armée ou la police, la fabrique d’arme ou de centrales atomiques, de produits toxiques, d’autres, qu’il faut rester assis bien sage sur son banc d’école durant une sixaine d’heures par jour… sinon gare !

Pourtant, en soi, vivre en paraît pas très difficile : il faut recevoir et donner des caresses, prendre soin de soi et d’autrui, manger, s’abriter, se vêtir, passer du temps à une activité qui vous réalise personnellement et socialement, etc. Pourtant, tout cela n’est même pas possible : on crève de faim ici, la naissance est un acte médical froid et rigide, l’éducation est toujours aussi malveillante incidemment ou directement, des règles de vie commune sont établies par des gens qui n’en sont pas concernés, l’activité humaine – le travail – est une calamité sociale (bouffe pourrie, air pourri, eau pourrie, océans dévastés et pourris, relations sociales pourries, enfance pourrie, dispositifs sanitaires pourris, médecine pourrie, et j’en passe). En y pensant bien, pourrir la vie des gens par eux-mêmes est la seule activité qui vaille ici bas : dès que se présente une tentative de modifier le monde pour le moins pourrir, à moins de s’en écarter d’assez loin, bing ! trois minutes plus tard, le pourri du monde l’englobe. On va dire que c’est la finance, le sexe ou le pouvoir, mais tout cela n’est pas le but, mais les moyens, les ustensiles de pourrir la bonté, la grandeur et la beauté de la vie, du monde : le but est de pourrir la vie d’autrui, chacun pour soi, à sa manière, selon son caractère, en tirant la langue pour montrer qu’on est vraiment assidu, heureux, concentré et persistant à cette tâche ! Ho ! à son échelle, on ne voit pas ce qui se passe réellement : on dit qu’on est un maillon de la chaîne sans impact – sonore, chimique, radio-actif, etc. – sur son environnement : c’est dire qu’on ignore volontairement que nous sommes sociaux et que d’être social nous insatisfait. Pourquoi les gens ne sont-ils pas capables de s’entendre pour ne pas se pourrir la vie les uns les autres ?

Les gens sont naïfs car ils veulent rester « innocents », comme les anges – issu de leur imaginaire asexué, psychiquement castré ou sans sensibilité vaginale – car ce pouvoir qu’ils exercent sur autrui est de deux ordres : affectif et social, et comme un plus un égal un : sexuel.

En fait ce qui a toujours fait chier les vivants ce sont les gens morts, les gens aux sensations tellement anesthésiés qu’ils peuvent être comparés à des morts ; et ça bouffe la vie des vivants. Ces gens sont tellement morts qu’il leur faut simuler et stimuler la vie (puisque pour eux dissimulée, ils ne savent où la trouver : en eux !) pour qu’ils se sentent moins morts, qu’ils ressentent en eux des bribes de vie en bavant devant son immensité, celle qu’ils perçoivent dans les vivants. Le résultat est toujours bruyant, laid, farfelu, dérisoire, inharmonieux, polluant, malveillant, obtus, etc.

Je n’ai jamais cru aux fantômes, ces trucs qu’on reporte au ciel car on ne veut pas les ressentir sur terre : ce ne sont que les morts qui peuvent inventer des trucs aussi enfantins pour que la peur que leur suscite ces « fantômes » de vie leur laisse quelque frisson qu’ils ne sont pas capables de ressentir normalement, en vie, celle qui les hante.

Ce qui fait qu’à partir d’une situation assez étrange, finalement, mais aussi assez amusante : la vie, cette vie devient chiante à vivre et qu’on se demande ce qu’on fait en elle pour de telles idioties.

Je sais, je sais : ce que je dis ne fait pas avancer le schmilblic, mais ça décharge un peu de colère. Le pire c’est que je sais aussi que c’est incurable : c’est ce que les gens appellent « humain ». Quelque chose me manque, hors la sérénité des lieux, d’indispensable à cette existence humaine, sans aucun doute ! Ha oui : de m’y adapter avec le sourire, comme les gens… et encore ! il est où leur sourire ?

la mystique du manque et l’angoisse persistante

Toute religion cherche à sa manière à expliquer des phénomènes naturels qui suscitent des angoisses dépassant l’entendement des gens à un moment donné. Le dialogue de ces phénomènes qui les dépassent, celui des dieux, les effraie, et ils cherchent à s’amadouer leur colère, au cas où elle venait à s’exercer sur eux : ces phénomènes naturels sont grandioses et on est bien peu de chose dit la rose le matin.

Comme ces gens ne peuvent donner d’explication « rationnelle » à ces phénomènes, ils les antropologisent, leur donnent « une figure d’eux » en relation avec et à partir des émotions-même auxquelles ils ne savent pas donner d’explication, car elles les dépassent ; et cela, suivant l’état technologique du moment. Nous avons là l’origine des « dieux » dans un système politique polythéiste.

Plus tard, une autre aventure intellectuelle a été d’expliquer l’ensemble de ces phénomènes qui vous dépassent par un seul et unique dieu. Celui-ci se trouve alors chargé de toutes les responsabilités politiques, sans pour autant dégager l’angoisse qui lui a donné sa naissance. Et cette angoisse persistante se retrouve dans la manière dont on permet antropologiquement à ce dieu de résoudre les problèmes humains.

L’angoisse persistante vous donne un sentiment de vacuité qui se retrouve dans les explications du monde, qui rendent à leur tour un sentiment de vide à la vie qui passe, vide qui engendre à son tour une angoisse prégnante. Nul ne pouvant vivre possédé d’un tel vide, il est impératif de remplir ce vide : dieu rassure de sa présence, de ses orientations bienveillantes et salutaires bien qu’il faille obéir à ce qui donne naissance à cette angoisse, le comblement de ce vide : vous vous sentez aimé de dieu, car c’est cet amour qui la génère et il vous rassure.

Sachant cela, la modernité a apporté des explications plus tranquilles à cette angoisse humaine et des explications à sa naissance, ses formes, ses modalités. Le dieu monothéiste vous apporte de l’amour asexué, car c’est le seul qui vous paraisse alors le plus sain ; et ce dieu régule votre amour sexué qui vous paraît le plus malsain – l’orgasme est l’événement émotionnel le plus bouleversant qui soit, sur lequel on n’a aucune emprise et que dès qu’on y cherche une emprise, il disparaît – alors que vous ne pouvez vous en soustraire à moins de souffrances « psychiques » (amoureuses !) terribles qui servent de substrat à vos tortures, avec la complicité de ce dieu, afin de lui montrer combien vous êtes résistant à cette forme si prégnante de l’amour. Cette angoisse soulevée par l’amour sexué est acquise, ce dieu la rend innée, et politique.

Un peu plus tard, une religion a divisé ce dieu unique en trois, sans que cela change à la cruauté des fondamentalistes vis-à-vis de l’amour : ils se sont de plus forcés au célibat pour rester « pur » de cyprine et se garder de l’éjaculation, perte de soi. Plus tard encore, s’est opéré le retour du dieu unique pour asseoir l’autorité des chefs, c’est-à-dire, leur monologue qui a aussi pour résultat de faire taire la femme et de lui voiler la face.

On sait aujourd’hui que cette angoisse relève de la relation de la mère à l’enfant et est instillée tout aux abords de la naissance : la gestation, les modalités de l’accouchement et les premiers mois d’existence ; bien que plus tard, si cela n’a pas suffisamment pris, le père se montre aussi inventif à lui donner une concrétude. Pour se défaire d’un dieu vengeur, il faut se défaire de la vengeance du cœur qui croit en raison du manque d’amour vécu, manque qui devient « un vide » devant être comblé par un autre vide, en image, un dieu qui absorbe ce manque, le prend en charge et vous charge de le venger d’autant de souffrances du passé ressenties encore aujourd’hui. Les châtiments corporels sont l’absence d’écho de ce vide affectif : on parle de « cellules miroir » qui n’ont pas été maintenues en éveil par le bon-soin.

Cette souffrance est celle issue du vide d’amour, de celui qu’on n’a pas reçu ! La naissance et les soins qui l’accompagnent sont des actes sexués et sont traités comme tels, comme on traite un autre acte sexué, plus fréquent : l’accouplement de la femelle et du mâle humains, aujourd’hui comme hier, de la même manière : sans amour ou avec un amour incertain, maladroit, insuffisant, pingre, raisonné, irrespectueux, autoritaire, etc., de sorte qu’il s’entoure de toute une flopée de précautions qui le détruit ; un amour dévitalisé, c’est-à-dire, exempt au possible d’émotions vives, froid, policé et policier, économique et économisé : le manque d’amour devient un pouvoir sur autrui, une gestion de son « amour », de ce qui en reste ! La mystification de l’amour perdu, de celui qu’on n’a pas reçu déjà aux abords de la naissance.

Étrangement, on se sent coupable de cet amour qu’on n’a pas reçu, on se sent coupable de n’avoir pas reçu cet amour qui vous manque aujourd’hui. Quelque chose a été mal fait, et c’est soi qui en porte les conséquences : étrange, non ? C’est un phénomène naturel, car on doit se défendre de ce qui vous fait mal pour rester en vie ; ce qui vous a fait mal est de n’avoir pas reçu les bons-soins indispensables à un équilibre amoureux satisfaisant dès les abords de la vie ; à votre tour vous voulez vous en venger, mais vous savez pourquoi vous voulez vous en venger et vous ne trouvez pas cela juste, sinon même ingrat ; vous culpabilisez de le faire comme de ne pas le faire. Ce manque est inscrit au fond de soi et comme absence, c’est ce qu’il faut comprend bien : comme absence de ce qui n’a pas été reçu : la clé est LÀ. Ne vous riez pas de moi : tout ce qui est revendiqué sur cette planète humanisée et par n’importe qui d’humain l’est par la violence et regarde ce fait : le manque de ce qu’on n’a pas reçu. Heureusement, cette blessure affective est plus réversible qu’une circoncision ou une excision, mais sa guérison est longue et souvent incomplète, encore faut-il s’y atteler et ce désir de vengeance ronge bien des déterminations positives.

Le désir sans fin d’accumuler de certains, au prix (je dis bien au « prix ») de tout et du plaisir de vivre d’autrui qui n’en a que faire, revient à tenter de combler (en vain !) ce manque vécu dans les abords de la naissance. Cela nous mène au pillage de notre planète à des seules fins d’acquisitions minérales pour se défaire de l’émotion organique, ne la toucher pas car elle vous effraie : le manque à l’état colloïdale.

La plupart des revendications de chacun sont toujours partielles, jamais globales, pourquoi ? Parce que si la personne formulait en soi la globalité de ce qu’elle demande, elle s’apercevrait de ce qu’elle est et aurait peur de ce qu’elle devrait faire pour accéder à la réalisation de sa revendication : elle toucherait la globalité de son monde et du monde et cela l’effrayerait : elle n’a pas les capacités affectives pour un tel contact avec la réalité du fait de n’avoir pas été nourrie de l’amour indispensable pour l’approcher sereinement. Et elle irait à la rencontre de l’Autre.

De même, ses revendications sont toujours personnelles, jamais collectives, de sorte qu’elles ne sont pas solvables collectivement alors que le problème est collectif. Ce qui manque est précisément cette capacité à vivre collectivement : c’est ce qu’on tête avec le lait maternel et qu’on reçoit avec les bons-soins : l’autre. L’angoisse ne permet pas de vivre collectivement pour résoudre un problème collectif autre que celui de l’angoisse de vivre seul. Le simple fait qu’il y a des chefs ou des héros montre que la solution à ce qui a manqué est traitée individuellement au dépend de l’ensemble. Ce problème de vivre seul et de le résoudre seul monopolise l’ensemble de la vie sociale : l’angoisse du manque est le moteur de la vie sociale patriarcale symbolisée par le dieu unique. Le dieu unique qui nique le respect des femmes correspond à ce manque, « au ciel » disait un autre, alors que nous vivons sur terre, et nulle part ailleurs et qui nous procure tout ce dont nous avons besoin et que nous pillons. C’est que ce manque est d’un autre ordre : nous-mêmes ! c’est nous qui le provoquons, qui l’induisons, qui le créons. Nous le savons (de Marseille), mais il nous effraie, aussi l’évitons-nous comme la peste en provoquant la peste sur notre terre en affirmant, texte du divin à l’appui du coude, que c’est la volonté de cette image de soi perdu dans les cieux, dans le vide du manque acquis malgré soi. Ces dieux n’ont jamais su écrire, il leur a toujours été besoin d’humains pour faire connaître leurs désidératas (à part dix lignes que l’on a jamais retrouvées), incluant les tortures affectives que vivent ces transcripteurs et la politique qu’ils entendent mettre en œuvre pour gérer les sensations liées à ce manque.

A-t-on un jour imaginé que cette particularité qu’est la langue humaine était une ultime manière de la nature de supprimer l’angoisse qui sort du sentier du moteur de la vie, car cette capacité donne justement la possibilité de la comprendre, cette angoisse persistante, de manière commune, de la faire nôtre et de la dissoudre dans la confiance en la vie… commune, c’est-à-dire en autrui ? Qu’en est-il fait ? De quoi parlons-nous ?

Matière de l’anti-matière

Il y a une logique que je ne saisis pas dans cette histoire de « matière et d’anti-matière ». Comment peut-il exister conjointement ces deux opposés ? Si l’anti-matière est l’opposé absolu de la matière, comment peut-on la découvrir, nous qui sommes matière sans annihilation mutuelle ? Il doit y avoir, une fois encore, un problème de « mot » sur un concept bancal, une formulation journalistique sur un événement commun.

Bien sûr, je pourrais aussi gloser sur la fable de l’aspect énergétique de l’anti-matière, mais on a compris que c’est une fable, comme l’économie de l’argent, par exemple : ça prend la tête des gens jusqu’à leur pourrir la vie, et ils se disent qu’ils vivent quelque chose d’intéressant. Mais je vais en dispenser le lecteur.

Comment peut-il exister (à moins que nous n’ayons pas le même sens sur le mot « exister ») de matière « opposée » à la matière : elle est obligatoirement matière si elle existe !!! Et quel intérêt d’opposer ainsi la matière à son « anti », à ce qui serait son « contraire » ? Pour prouver quoi ? L’hypothèse centrale est la nécessité d’une « asymétrie » indispensable à notre monde. C’est faire fi du temps qui passe. Il faudrait que nous réussissions plus couramment à admettre que dieu à un désavantage sur nous, et de taille : nous sommes mortels et Lui non, de sorte que nous cessions de tenter de penser comme nous imaginons qu’Il pense.

Trouver une asymétrie à la matière revient à chercher une asymétrie au temps qui passe, c’est vouloir faire revenir le temps en arrière, en gros. Même intellectuellement c’est impensable, car si le temps fuit dans un sens et dans un autre qui lui serait symétrique (on dit : a-symétrique) , il ne pourrait pas cesser de se fuir et de s’écarter de lui même à mesure qu’il se produit lui-même. À mesure que le temps passe, il devrait avoir un temps qui passe à l’opposé de ce temps : qui est le premier qui est le second et dans lequel nous, qui aurions cette perception, vivrions-nous ? Et le temps passé s’éloignerait du carré du temps présent passé, vous comprenez ?

Il y aurait donc trois substances au temps : le présent qui n’est pas encore constitué d’anti-matière, le futur qui en sera constitué mais ne l’est toujours pas (ce qui fait qu’on admet que le temps passe, off course ! dans une direction et c’est celle que nous percevons) et le passé constitué de l’espace entre le passé le comprenant lui et son opposé. Vous comprenez ? C’est spatial : le temps qui a passé, s’il est constitué d’anti-temps, ne sera pas le futur, mais l’opposé du temps passé, en tant que matière réelle, vraie, vécue. Bien sûr, on peut dire que le futur est de toute façon une matière vérifiable (puisque, précisément, la matière est présente, ici, là et maintenant), mais pas encore comme anti-temps, anti-matière vécue : le monde existe et existera sans nous sous n’importe quelle aspect organique ou minérale, selon certaines formes que nous avons constatées, en gros. La preuve du futur est l’existence présente de la matière et sa pérennité tangible… mais pas encore vécue.

Vous pigez ? Dans cette hypothèse, effectivement, le temps passé trouve son anti-temps puisqu’il n’est plus possible de le revivre. De même le futur ne peut pas avoir d’anti-temps parce qu’il n’a pas encore été vécu, et le présent ne peut avoir d’anti, sinon nous n’existerions pas : c’est le vécu, irrémédiable, tangible et pourtant fluide selon sa disposition d’esprit.

Tient ! puisque je parle d’esprit. De la même manière et en suivant le même raisonnement, l’esprit est une histoire d’esprit, rien d’autre : l’esprit est une vue de l’esprit séparé de sa matière : l’esprit n’existe pas, tout comme l’anti-matière. L’esprit c’est de la matière désincarnée. On sait que l’humain a pour spécificité de savoir se raconter des histoires.

Ainsi, on ne pet constater le passé que par la création du présent qui ne peut donc pas être anti-présent, car il est toujours création, temps, matière, transformation. Si le présent est anti-présent, c’est simplement dans le fait qu’il devient immédiatement passé en tant que constatation de son passage, de la perte de son immédiateté. Le passé est du passé vécu qui n’est plus vécu et encore moins « re »-vivable. C’est effectivement un anti-temps, de ce point de vue-là, non pas comme opposé à la vie, mais comme résultat de la création de la vie par elle-même à travers le temps qui passe. Rechercher l’anti-matière dans la matière c’est oublier le temps, c’est bête, car c’est refuser la création de la matière comme résultat du temps et de la matière, de la transformation, c’est penser qu’il y a quelque chose en soi qui devrait être revécu, alors que c’est absolument impossible : « on en descend jamais deux fois dans le même fleuve, ni ne touche deux fois la même denrée périssable ».

C’est de l’enfantillage : chercher ce qui n’est pas périssable, c’est faire comme si nous n’étions pas mortels, à l’instar de la définition d’immortalité que nous donnons à l’éternité d’un dieu ; et nous refusons cet handicap à ce dieu : notre mortabilité, le fait que nous sommes mortels. Perte de temps qu’on veut retrouver dans l’anti-matière ! De fait, Dieu intègre l’idée du présent, du passé et du futur en tant qu’entièreté vécue et cependant non encore vécue pour ce qui est du futur puisqu’il a besoin de nous pour s’affirmer existant. L’anti-dieu est en quelque sorte ce futur, nous comme affirmation de Lui, alors qu’Il est l’ensemble du monde : vécu, en tant que passé, présent et peut-être futur… étrange, non ? Mais on aime à imaginer que dieu a créé de l’anti-matière, pourtant : quel monde complexe et quel dieu pour un tel monde !

Non, je rigole, dieu n’existe pas, pas plus que l’asymétrie du temps et donc, l’anti-matière : ce sont des vues de l’esprit désincarné. Mais il est plus aisé de se pencher avec le sérieux de la sévérité scientifique sur des sujets désincarnés que sur sa propre incarnation et la comprendre, en comprendre le fonctionnement vivant. C’est que le fonctionnement du vivant intègre de manière récurante l’angoisse que la sévérité du sérieux scientifique permet de maintenir au loin, à l’écart… sans qu’on se donne la possibilité de mesurer cet écart, cette distanciation que l’on prend avec la vie, sa propre vie et l’angoisse qui règne sur le monde vivant, animal, soi en tant que chair désincarnée de l’esprit.

Car il y a manifestement quelque chose de l’ordre de l’angoisse dans l’anti-matière, cette recherche d’une anti-symétrie au temps qui serait sa symétrique opposée, une sorte de non-vécu impossiblement non anti-vécu, puisqu’on admet quand même qu’il faut vivre pour exister. La physique quantique a prouvé dernièrement par une de ses expériences, qu’une particule de lumière peut remonter le temps, par exemple. Mais le seul fait, même quantique, de constater qu’il en est ainsi prouve qu’il ne peut en être ainsi : c’est quantique : on ne découvre la chose que lorsqu’elle est et si il y a remontée du temps, elle c’est passée dans le temps qui passe, ne serait-ce que dans le présent qui est toujours un futur en action : le passé est passé, l’action future réalisée, irrémédiablement réalisée.

Si un dieu est l’incommensurabilité du temps (à la fois passé, présent et futur) en tant que réalisation auto-réalisée de l’univers, et donc l’univers en soi, quel intérêt peut-Il avoir à vivre le présent sinon que pour en jouir du passage ? N’est-ce pas ce présent-ci qui est le plus jouissif de cette histoire ? Non ? Si, bien sûr, lorsqu’il est intégré dans l’ensemble du vivant, en tant que passé, présent et futur. Le temps existera alors bien pour ce dieu, puisque ce temps, le temps, n’est vivable que dans le présent. Voilà bien un dieu étrange en sa faiblesse : la mortalité, je le disais plus haut, mortalité que nous, humains, possédons : celle que confère le passage dans un temps. Mais apparemment, nous voulons imiter dieu : quel intérêt sinon qu’à stabiliser l’angoisse que soulève ce présent dans son vécu comme dieu, alors que nous sommes exempts de la capacité de l’immortalité ? De sorte que la « recherche » de l’anti-matière, asymétrie du monde présent se poursuivant sans fin dans le passé en tant que réalisation du vécu opposé à lui-même en tant que vécu, revient à trouver dieu et Ses moments exempts d’angoisse… ces moments jouissifs de base pour l’angoissé, ce qui lui donne Sa puissance sur le vécu, le Sien. Amusant, non ?

En spéculant peu, je peux affirmer que la recherche de l’anti-matière est la recherche de l’anti-angoisse, avec les mêmes moyens, par les mêmes concepts et la même fuite : le vécu de loin, désincarné. Ici, la religion comme la science sont complices pour éviter de toucher à la chair et ses mouvements vivants, alors qu’elles professent au contraire vouloir atteindre le Nirvana : l’univers sans angoisses aucunes. L’impasse est de faire l’impasse sur l’angoisse. Les dictatures les plus féroces ont pour assise cette tentation du diable de se défaire en image de son angoisse, de l’angoisse que soulève le vivant dans le vivant désincarné. Pour tous les animaux, l’angoisse, lorsqu’elle n’est pas un moteur d’action immédiat, est difficilement tolérable, invivable et les gens réduits à l’esprit chercheront toujours à s’en défaire pauvrement : en images, si cette possibilité de se désincarner vient à leur être présentée. L’esprit est la chair de la chair, pas autre chose. C’est le contact que l’on a avec le vivant qui dispense de ce besoin de cette sorte d’images pour stabiliser l’angoisse du vivant désincarné, cette dichotomie acquise entre le réel et le divin.

Il y a du boulot ! Comprendre l’angoisse pour la comprendre. L’intérêt humain ne se situe pas dans des ITER, TOMAHAWK et autre EPR pour avoir de l’énergie qui ne sert qu’à le faire travailler, c’est-à-dire détruire son milieu de vie unique et temporel, il doit trouver son intérêt dans l’angoisse qu’il se soulève, son interprétation : c’est cela qui le rendra humain, hors de la mécanique et de la mystique désincarnées ; c’est là qu’il aura plaisir à vivre le vivant, sans violence sur lui ou sur autrui. Y’a de la bataille !

Fond vert de chef teint

Je visionne depuis un moment, parce que je m’ennuie pas mal, pas mal de films : de n’importe quoi à tout ce qui me passe sous les yeux. Il y a une première conclusion qui s’impose à moi : tous les films sont, chacun selon son thème, un aspect de cette société ou un autre, mais spécifiquement, corroborent cette société : des films de propre-à-glandes – encore qu’il faille distinguer le « l » de la progagande, ce qui n’est pas toujours facile, parce que ces films dissimulent bien ce fait, à la fois par le disparate des sujets traités (amour, enfance, armée, flics, psychiatrie, sauvetage, sauvegarde, délires bédéesquees,) et dans la diversité des formes qui sont adoptés pour traiter chacun de ces sujet, séparément.

Qu’on tombe sur un rambo ou sur un documentaire sur le cerveau, c’est du pareil au même : il s’agit de montrer qu’il ne peut en être autrement et que cela est irrémédiable, malgré les preuves par l’absurde que le film en question nous montre.

Tout dernièrement, on a même mis en film les « dégâts collatéraux » que les héros de ces films provoquaient dans les films eux-mêmes : on n’en est pas encore à la dépense d’énergies fossiles, nucléaire, biblique ou extraordinaire et inconnue de tous, mais la couleur verte va bientôt dégouliner sur nos écrans pour rappeler à l’ordre l’ordre qui a été corrompu par la contestation de telles éventualités collatérales teignant la réalité de son rouge sang : on traite, dans la pensée même de la révolte, la révolte éventuelle en se disculpant de ces dégâts pour nous les montrer absolument indispensables, bien qu’« involontaires » : il faut du débris, sinon quelles preuves de la méchanceté du méchant aurions-nous, même lorsque ces débris sont le fruit de la bataille, que nous pourrions comprendre comme évidentes ?

À travers l’émotivation filiale des protagonistes, on nous rapproche de bandits, d’assassins, de criminels, de tortureurs et j’en passe, pour nous les familiariser, nous en faire des potes, nous les rendre intimes. Un homme qui va être tué ou qui va tuer est beaucoup plus touchant lorsqu’on sait qu’il n’a que mère, ou étant père que fille. Il est d’autant plus aisé de jouer à l’Œdipe que la sexualité et ses problèmes sont implicitement interdits. Quel sentiment d’intimité que ce militaire qui a tué tant d’ennemis pour ce pays dont il est amoureux, et vous touche, la larme à l’œil, de la joie qu’il éprouve lorsqu’il évoque la proximité géographique de sa mère ! Incroyable. Il parle pourtant, certes avec sympathie, de files comme de chair pour son canon de chair, ne sachant pas se défaire de son célibat, avec cependant le sourire légèrement tordu pour vous faire ressentir son impuissance.

Mais surtout, ce que nous montre la très grande généralité des films, c’est, avec la musique juste adéquate, que les protagonistes sont intelligents et ÇA, c’est de la bourre. Je ne parle pas de cette intelligence qui n’est que l’utilisation de la technologie, la plupart du temps fictionnelle ; que des « erreurs » qui vous mènent sur la piste de l’intrigue ; de l’intelligence qui ne se réfère qu’aux moyens déployés en ingéniosité pour réussir son coup, à l’utilisation des lieux, au temps qu’il fait, à la géographie, à la topographie et du moteur à explosion interne et de la roue, à des claviers d’ordinateurs qui commandent des ordinateurs dont la puissance de calcul dépasse celle utilisée pour les prévisions météorologiques, non, tout cela est peut-être de l’intelligence, encore que du seul usage de certains moyens. Je parle de l’intelligence qui éveille l’intelligence. En fait, on nous distribue des cartes pour que, nous, nous fassions marcher notre intelligence, et ce n’est qu’en cela que ces films sont « intelligents » : action => réaction.

En sorte que l’on se sente, soi, intelligent, en regardant ces films qui nous rendent idiots parce qu’ils ne présentent aucun moyen autre que celui employer pour résoudre tel ou tel problème qui se pose à nous, êtres humains. Ne serait-ce parce qu’ils ne nous rendent pas intelligents, mais bêtes en nous forçant à suivre une ligne de commande idiote de la solution des problèmes (sans parler de l’opportunité du problème-même) posés, ils nous rendent bêtes, puisque pour rendre bête, il faut l’être soit même.

J’ai décrit ailleurs que le héros n’est « héros » que dans la mesure où il résout seul le problème qu’il a résolu, sans se référer à une décision collective, ce qui fait que le spectateur approuve, soi et seul, sans concertation collective autre que le constat de l’achevé, la décision que le héros a prise et réalisée. Le héros est le principe dérivé, la dérivée, de cette société, comme le patron, le président, le commandant, le chef d’équipe, l’élément qui ressort du lot, seul envers et contre tous pour le bien, finalement selon ce schéma, de tous. Oui, ben sûr, les temps changent, et on nous montre maintenant, des héros d’équipe, mais ils obéissent tous ou en équipe à un ordre qui leur est supérieur et qui n’émane pas d’eux, vis-à-vis duquel ils se sont mis volontairement ou non à disposition, même si cet ordre leur laisse une marge de manœuvre donnant l’illusion de la décision libre, de la liberté de décision et qu’ils sont des personnes, seules, qui agissent pour tous.

Les briguants sont plus collectifs, semble-t-il : peut-être est-ce pour cela qu’ils sont « briguants » dans cette société de compétition individuelle et qu’ils s’organisent ainsi : collectivement, selon les compétences de chacun.

Mais ces films, ces formes imagées de réalité, si elles servent la bêtise de cette société, permettent aussi aux gens (je n’ose pas dire « de s’y complaire ») de leur donner les moyens affectifs et les justifications qui accompagnent cette affectivité, de pouvoir la laisser telle qu’elle est, en les désarmant de cette violence que montrent ces films non pas seulement du point de vue, comme je l’ai dit, de l’intelligence, mais autant de l’affectivité, de la sexualité et de la socialité dont ces gens seraient capables, pourquoi pas, en rêve. On ne peut dénier qu’on montre davantage le fou, le paranoïaque, le sordide, le pervers, le borderline, le schizophrène, et mal décrits, et une personne qui rétablit l’équilibre, plutôt qu’un équilibre, des enfants qui grandissent, un système agricole qui laissera aux successeurs une terre au moins aussi bonne, la création d’une société dans laquelle le travail est de l’ouvrage où on se réalise en étant ni pollueur, ni accapareur, ni destructeur, ou l’aquaponie, etc. Cette société a besoin de la violence pour qu’on la comprenne et qu’on la pleure, qu’on compatisse à ses souffrances, à ses malheurs, à ses déboires : la bourse, les pauvres riches, l’argent, la guerre, la famine, la pauvreté, la vengeance, la haine, et j’en passe.

Le déroulé d’un film consiste à nous montrer une intelligence, que celle-ci est la plus adaptée à la situation sous les formes les plus adéquates et que les moyens de cette intelligence des événements mis en branle, sont les plus opportuns. La capacité des acteurs à nous en faire la démonstration est d’autant plus prisée qu’ils y réussissent le mieux : c’est ce qu’on attend d’eux et ils reçoivent des oscars pour cela et beaucoup d’argent. Ce déroulé s’appelle un scénario et ce scénario a pour assise une intrigue. Le déroulé de cette intrigue doit être au plus proche du commun des gens pour que les gens l’identifie et s’y identifie (c’est pour cette raison que je n’écris pas de roman, car je ne sais identifier un tel quotidien). Il faut un peu de famille, un peu de cul, un peu de paranoïa, un peu d’amitié, de cocuage, du faux-cuage, etc. tout cela allant dans le sens du soutien à cette société et à l’organisation de cette quotidienneté, surtout après une mise en doute ou une remise en cause. D’ailleurs, le « happy end » est sans faillir un certificat selon lequel tout est redevenu dans l’ordre, i-né-vi-ta-ble-ment. Est-ce en mieux ? Que peut-on en juger, vu le problème posé, sa consistance, ses fondements et sa solution ? C’est peut-être en mieux pour le « héros » et sa hérelle, mais pour le reste du monde, c’est absolument identique, sinon que ce « reste du monde » a peut-être échappé à une catastrophe… catastrophique tout à fait hypothétique. C’est semblable à cet Ordre des pharmaciens qui décrète, dans l’intention de nous éviter une catastrophe, que la marijuana est nocive pour le peuple lorsque les médicaments que vendent ses affidés font de terribles et désastreux ravages dans les hôpitaux – psy ou pas psy – comme dans les rues, dans les relations affectives et sociales.

De fait, l’humain a besoin d’une cause pour mener sa vie – ce truc qui est quelque chose entre deux riens –, il aime à se savoir une consistance. Je vois bien, pourtant, qu’aux images qui donnent socialement vie à cette consistance, qu’elles lui ôtent toute initiative sociale pour la combler collectivement, socialement : les héros sont ses chefs et leurs comportements une image assez fidèle de sa structure caractérielle.

C’est en ceci que ces héros sont intéressants et c’est en ceci qu’ils trouvent un objet d’intérêt : ces héros décrivent notre structure caractérielle : à nous de jouer ! Nous avons connaissance, à travers toutes les morbidités de ces héros et de ces hérelles (et nous le savons, de Marseille) qui n’aboutissent à rien d’autre que l’individualité à peine socialisée, de ce qu’il nous faut comprendre à contrario pour obtenir quelques plaisirs sociaux à bâtir ensemble, sans chef.

Bout de nuit

Pour le peu que j’en sais, #NuitDebout ne s’attelle pas au problème fonctionnel de cette société dont la maladie est l’appât du gain : l’activité humaine transformée en travail.

Il y a très longtemps j’avais proposé un critère de salubrité pour cette activité humaine : la pollution comme jalon du travail excédentaire, pour le moins et selon un compromis comprenant le fait que les gens ne comprennent pas que de TRAVAILLER TUE. Selon ce jalon, donc, dès lors que l’activité humaine induit une pollution qu’elle n’est pas capable de maîtriser, cette activité est nocive : faisons le calcul !!!

Cela est sans compter le temps consacré par cette activité au « travail social », cette forme de l’activité humaine consacrée au bien de tous. Comment est-il possible de passer 8 heures à une activité sociale essentiellement consacrée à la production d’objets ou à la gestion de ces objets (transactions comprises) de manière que cette activité soit réellement « sociale » : je veux dire : qui apporte du BIEN à tous ? Il y a nécessairement un trop plein quelque part !

Il faut comprendre ce qu’est le TRAVAIL, comment ça marche, pourquoi c’est fait, à quelles fins et par quels moyens. Et en conséquence, il faut cesser de TRAVAILLER de sorte que l’activité humaine cesse de nous polluer la vie, de nous bouffer l’énergie, de nous saturer de son existence, de marquer de son empreinte le moindre mouvement, instant, la plus petite respiration de son existence et de la nôtre.

Dans ce but, il faut, AUJOURD’HUI, CESSER IMMÉDIATEMENT DE TRAVAILLER, et cela, le temps nécessaire et indispensable pour comprendre ce qu’est le TRAVAIL, à quoi il sert, comment il marche quelles sont ces fins ses buts, ses résultats sa corruption, sa pollution, etc., ensemble.

Ce qui fait que les gens de la banlieue ne comprennent pas de quoi il s’agit lorsqu’on leur parle de « FIN DU TRAVAIL », est que cette maladie de l’appât du gain est véritablement intégrée dans leur mode de vie comme le sang leur coule dans les veines : la misère les réduit à ne pas comprendre qu’on puisse vivre sans « appât du gain ».

Le travail est une violence imposé par cette organisation sociale tournée de manière compulsive vers l’appât du gain. Refuser cette violence exacerbe l’ESPRIT du travail : l’appât du gain. La police et la justice sont une grande partie de la manifestation pratique, les moyens de cet « esprit ». La violence sera inévitable dans le vouloir réalisé de l’abolition du travail et celui du maintien de « l’appât du gain » comme mode de vie. C’est inéluctable. Il faut discuter et trouver des moyens pratiques pour se défendre par la force de notre détermination lorsque nous l’attaquons, de ces manifestations.

Lorsque l’ESPRIT du travail, l’appât du gain, ne trouve pas à se réaliser, ce manque se manifeste par une angoisse : mal comprise, cette angoisse est la fin des révolution et ordonne le retour à la normalité précédente, alors qu’elle devrait être l’énergie (une angoisse est une énergie) pour aller de l’avant. Cette angoisse se manifeste parce qu’on ne sait pas où l’on va : l’esprit d’aventure – et le plaisir qui l’accompagne – doit surpasser le boulet de l’esprit de l’appât du gain : le TRAVAIL.

Le TRAVAIL doit rester le centre de nos préoccupations, le jalon de la pollution est le poteau de référence de notre conquête : il ne doit plus y avoir d’activité humaine nocive ! C’est possible : avançons !

À BAS LE TRAVAIL ! À BAS TOUTES LES POLLUTIONS GÉNÉRÉES PAR LE TRAVAIL !!!

Le capitalisme est la transformation de l’activité humaine en travail : autant le prolo que le capitalo sont co-participatifs à leur obéissance au TRAVAIL : l’un en le rendant socialement obligatoire sous peine de misère physique par l’entremise de l’argent, de la police et de la justice ; l’autre en exécutant ce dont il n’a que faire socialement pour ses besoins d’argent à des seules fins de subsistance – ce qui est misérable.

C’est l’activité humaine placée hors de ses possibles sociaux et intellectuels qui produit la pollution à travers l’orientation qu’en donne le capitalisme. Supprimer le travail en lui rendant sa fonction sociale initiale d’activité sociale, intelligente et réalisante, c’est supprimer la pollution qu’il génère.

L’activité humaine, par « nature », pourvoit aux besoins de ceux qui la manifestent. Il s’agit ici du détournement de cette activité à des fin de plus-value par le capital.

L’extorsion du TEMPS passé au travail est irréversible et ce temps est perdu à jamais pour produire de la POLLUTION : mentale, affective, sociale, sexuelle.

GRÈVE SAUVAGE ILLIMITÉE !!!

À BAS LE TRAVAIL ! À BAS TOUTES LES POLLUTIONS GÉNÉRÉES PAR LE TRAVAIL !!!

Souris de montagne

Mon désir de toi
      heureuse
Est aussi gros que la
      montagne
Qui a vu mettre pas, pourtant,
      une souris
Regardant le sommet pour y voir
      son but à venir.

Mais encore faut-il que
      de la souris
La montagne à escarper
      fut grosse
Que l’adoucissement des
      angulosités [anfractuosités anguleuses]
Lui permît de l’escalader
      de son pied

C’est que la montagne était
      grosse d’elle-même
Tant mon désir d’émoi
      heureuse était
Gros de sa recherche de toi
      plausible
Admis dans la sphère étroite
      du probable

Si le cerveau se leurre en tendant de son plaisir un
      extérieur
Un leurre auquel il ne s’attendait que si peu
      d’inconfiance
C’est que ce leurre est sa propre chair dont il
      du plaisir
Se sent bien plus légitime d’en attendre
      tant.
Je ne puis lui donner tord car au contact
      de la tienne
Sa folie s’est matérialisée dans l’image
      de notre possible

Au contact de ta chair, ton toi
      où la fonte est certaine
Et puissante et rebattue et profonde
Que le sentiment de liberté qui
      aérait mes narines
Donnait à mon moi pondueux [pondéré et impétueux]
      la joie de l’extase
            du sommet.

RÉPONS

Mais qu’est-il d’une montagne
      à l’amour ?
Ce ressenti indicible de l’autre
      et de soie
Tissée de l’attribut du moi conjoint
      de lui donner étoffe douce
            et joie.
Mais cela ne s’est pas fait, cela
      quelque part a échoué.

Prenant-z-on la graine pour la
      poser quelque endroit
Et l’arroser les mains en coupe
      des rus de ces monts

On peut dire « Hélas ! » exclusion de
      de remise à jour
Un tour qui ne se refait pas

La solitude est une lourde charge
      seul

Mais n’as-tu jamais été autre de l’idée très grosse
      de moi petite souris de la montagne
      le bonheur de la vivre avec toi
Et n’a pas accouché ?